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Tom Hanks stars as Chuck NolandTom Hanks stars as Chuck NolandPhoto Credit: Zade Rosenthal

CAST AWAY (SEUL AU MONDE )
USA, 2001, de Robert Zemeckis, avec Tom Hanks, Helen Hunt.
Pitch : Chuck Noland gère les services d'un transporteur international. Il a un emploi du temps très serré et sa vie se résume à courir le monde pour répandre la bonne parole de son entreprise : aller plus vite, toujours plus vite ! Alors qu'il vient de retrouver pour la célébration de Noël sa petite amie, il doit déjà la quitter pour un autre voyage. Cependant, celui-ci ne se déroule pas comme prévu : l'avion est forcé d'amerrir, en plein océan Pacifique. Chuck est le seul survivant. Il se réveille sur une île minuscule et comprend rapidement qu'elle est désertique.

 

Enfin seul !

    La question du temps n'est pas étrangère à l'œuvre de Robert Zemeckis. Elle s'y impose déjà depuis longtemps comme une thématique centrale, qu'il s'agisse d'une trame historique de fond (Forrest Gump) ou de l'exploration d'un genre (Back to the Future) par tous ses moyens, même les moins passionnants. Avec Cast Away, Zemeckis va cependant enfin beaucoup plus loin, faisant vivre au spectateur lui-même la question du temps cinématographique ; en effet, ce dernier se retrouve au bout d'un quart d'heure devant un film ne comportant plus qu'un seul personnage, pratiquement donc réduit au silence. D'un point de vue narratif, maintenant, le film développe la rencontre entre temps et espace. 

    Chuck, le héros de Cast Away, se nomme Noland. Sans doute parce qu'il n'a pas encore d'endroit où se fixer, n'ayant guère le temps de prendre racine puisqu'il voue sa vie à son travail ; il gère dans une multitude de pays étrangers les services de son entreprise (un transporteur international). Chuck ne se pose jamais bien longtemps, se situant toujours entre deux aéroports, l'avion symbolisant bien cet élément qui domine les lieux (l'espace) et la vitesse (le temps) et qui le conduira pourtant dans sa geôle. La question temporale est donc tout d'abord abordée par rapport à son occupation professionnelle qui écrase tout : sa vie privée avec sa petite amie, Kelly et ses amis dont il prend des nouvelles sur le pouce. Son métier est, lui même, asphyxié par un leitmotiv : aller plus vite, toujours plus vite ! Tout le film est alors jonché d'éléments symbolisant le temps : des horloges récurrentes en fond de plans durant tout le début, la montre offerte par Kelly qui devient par la suite un fétiche inutile puisqu'à travers son arrêt, elle renvoie à la rupture et l'immobilisme.     

    Suivent durant l'épisode de l'île des repères : un calendrier qu'improvise Chuck et des dates qu'il grave dans la pierre (l'épitaphe d'un aviateur dont la mer a rendu le corps, son propre nom et la durée de son séjour lorsqu'il quitte l'île). Mais aussi des phrases qui parsèment les quelques dialogues du film : Chuck dit fièrement au début : " On ne se permet jamais le péché de tourner le dos au temps ". Résigné, un collègue dont l'épouse a un cancer, lui dit par la suite, telle une provocation prémonitoire : " La seule chose à faire, c'est attendre ". Enfin, au retour de son odyssée de quatre années, l'homme devenu le mari de Kelly lui dira : " Elle est perdue. Peut-être pourriez-vous lui laisser un peu de temps ? " Après avoir exposé les éléments fondamentaux du système "Noland", le film s'ingénie à les pervertir, telle une punition. Puisque Chuck maîtrise au début du film l'espace et le temps, maîtrise qu'il ressent comme indispensable à l'accomplissement de sa personne, il se retrouve seul, isolé et impuissant. A l'origine, il domine le monde en créant des liens, en servant la communication : il se retrouve donc jeté dans un univers confiné, sans espoir de liaison avec l'extérieur et doit s'inventer un faux compagnon. Dans sa première vie, il a à sa disposition une très belle femme qui l'attend patiemment et des amis : enfin seul, il n'a plus rien si ce ne sont quelques souvenirs qui n'ont plus de sens. 

    Avec élégance, Cast away déplace donc le thème de Robinson vers celui d'une imposante épreuve mythologique. Mais Pénélope n'attendra cette fois pas son Ulysse et celui-ci ne connaîtra qu'une aventure solitaire et immobile, une aventure sur lui-même. D'une certaine manière, Chuck vit l'épreuve du déterminisme. Il n'a plus de choix à faire et doit tout réapprendre. La perversion, à son égard, va jusqu'à l'empêchement du suicide sur une île minuscule où il n'y a rien si ce n'est l'essentiel pour survivre. Au contact de ce milieu, on pourrait croire que Chuck régresse à l'état primitif, mais il n'en est rien. Son retour sur lui-même et son manque de moyens l'obligent au contraire à développer ses idées, à explorer sa modernité (du moins ce qu'il a appris sur l'évolution de l'Homme, chose dont il n'avait, jusque-là, jamais eu besoin). S'il régresse, c'est plutôt vers l'enfance dont il explore, pour survivre, psychologiquement les inventions : principalement la création de son ami Wilson, sous l'apparence d'un ballon de volley-ball (à travers le film, ce Wilson devient d'ailleurs le plus émouvant des personnages inanimés du cinéma) mais aussi le rôle d'un aventurier qu'il endosse tant manuellement que physiquement ; le Chuck Noland que l'on retrouve après quatre ans passés sur son île n'a plus rien à voir avec le naufragé. Chuck se crée une histoire, une mythologie à lui seul jusqu'à la quasi résignation puisqu'il sait, à ses dépens, qu'il n'a rien d'autre à faire si ce n'est attendre. 

    Deux scènes distantes se font écho dans le film : celle tout d'abord où, monté au sommet de l'unique falaise des lieux, Chuck se rend compte de la forme circulaire de son île et de son étroitesse. Celle, ensuite, à la fin du film où il est au centre d'un carrefour (celui de sa vie), se demandant sans doute dans quelle direction s'élancer. Dans les deux cas, le sentiment semble être le même : Chuck se trouve face à des chemins qui ne mènent nulle part. Remarquablement, Cast Away, lui, mène cependant bien le spectateur vers le contentement et l'émotion. Il est d'ailleurs vraiment agréable qu'un blockbuster aussi subtil que Cast Away ait réalisé un tel florilège d'entrées au box office américain. Cela nous ramène une fois de plus à notre honte nationale puisque dans l'hexagone, nous devons déjà supporter le succès d'une première séquelle ambulante, Le placard, et sans aucun doute celle d'une deuxième : La vérité si je mens et son retour, à elle, plus qu'inutile ! Michel Marques

 

bio-filmographie de Robert Zemeckis 

 

 

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