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BOM YEOREUM GAEUL GYEOUL GEURIGO BOM (PRINTEMPS, ÉTÉ, AUTOMNE, HIVER... ET PRINTEMPS)
Corée du Sud, 2003, de Kim Ki-Duk, avec Oh Young-Su, Kim Ki-Duk, Kim Young-Min, Seo Jae-Kyung, Ha Yeo-Jin...
Pitch : Dans un minuscule temple isolé au milieu d’un lac, lui-même niché au fin fond d’une vallée, un vieux moine vit seul avec un garçonnet. C’est le printemps et le petit disciple découvre le monde et ses dangers. Quelques années plus tard, en plein été, une jeune fille est accompagnée au temple par sa mère, qui veut la sauver. Entre elle et le moine devenu adolescent le coup de foudre est immédiat. De quoi donner envie au jeune homme de s’en aller et d’abandonner son maître. Vient l’automne et le retour de l’élève, plus âgé, déchiré par la jalousie et les pulsions destructrices qu’elle déclenche. S’annonce ensuite l’hiver, la saison de la rédemption. Et quand le printemps est de retour, le disciple est devenu maître à son tour...

 

La porte qui menait au temple

"Ne te répands pas au dehors, retourne-toi en toi-même, c'est à l'intérieur de l'homme qu'habite la vérité" Saint Augustin

    Durant la première année de publication du Site du Cinéphile (en 2001), nous avions encensé la sortie du film de Kim Ki-Duk Soem (The Isle/L'île). Depuis, et avant la sortie de Printemps, été, automne, hiver... et printemps, le réalisateur s'est révélé très prolifique, réalisant quatre autres films et nous prenant ainsi littéralement de vitesse puisqu'ils n'ont même pas eu le temps de recouvrir les écrans de l'hexagone. C'est dire si Kim Ki-Duk a la maîtrise du temps. Dans Printemps, été, automne, hiver... et printemps, celle-ci se manifeste à travers son sens du raccourci qui s'apparente à de savantes ellipses. Brodant son scénario autour de cinq saisons de la vie d'un homme, le film nous montre comment, malgré les tentations et le crime, il parvient à atteindre la sagesse. La temporalité, qui pourrait de prime abord s'avérer banale puisqu'elle décrit la forme d'un cycle, approfondit à terme le rapport entre le maître et son disciple. L'on comprend à l'issu du parcours tortueux de ce dernier que derrière la sagesse du maître se cachait sans doute un début de vie soumis lui aussi à la divagation. Printemps, été, automne, hiver... et printemps suggère donc beaucoup plus qu'il ne montre.

    D'aucuns auront sans doute la tentation de rapprocher le travail de Ki Ki-Duk à celui d'un peintre (soin des cadres et des couleurs). Certes le réalisateur fit au début des années 90 des études d'art sur Paris mais, à travers son indéniable maîtrise de la mise en scène, son film s'inscrit parfaitement dans le registre cinématographique. Le travail sur le temps du récit (cinq époques de la vie d'un homme, volontairement symbolisées par cinq acteurs - dont Kim Ki-Duk lui-même - qui se passent le relais) enrichit le film de motifs qui reviennent d'un tableau à l'autre et développent un véritable champ sémantique sur l'ensemble de la narration. Kim Ki-Duk n'a donc absolument pas mis bout à bout cinq courts métrages. L'ouverture de la porte qui entame chaque époque nous met en contact avec une théâtralité qui est rapidement contredite par des sentiments banalement humains : la souffrance que l'on inflige à un plus faible (tableau 1 ; le printemps/l'enfance), l'irrépressible désir sexuel (tableau 2 ; l'été/la post-adolescence), la jalousie et le meurtre (tableau  3 ; l'automne/l'âge adulte), ces disgrâces étant transcendées dans les deux derniers tableaux par la maîtrise et la sagesse puisées au fond de soi. 

    Perdu au centre d'un lac, le temple n'est finalement pas isolé du monde mais semble pourtant y contenir les mêmes maux et doutes. La philosophie empirique qui s'y développe pourrait tout à fait l'être au centre d'une ville. Ce n'est finalement pas ceux qui passent par le temple qui vont se frotter au monde et à ses travers mais c'est le monde qui arrive au temple comme le spectateur est accueilli dans le film par l'ouverture des portes. Celles-ci deviennent un symbole ; ainsi, quitter la chambre sans passer par la porte puisqu'il n'y a pas de cloison est un acte de subversion. 

    Le motif de la barque est tout aussi important. Originellement objet de transit, elle devient le lieu du désir sexuel, de la transgression ou celui de la mort et à travers elle de l'accomplissement (le maître s'y immole, suggérant la réincarnation). Le monde animal n'est pas exempt de références et conduit le héros à trouver l'équilibre. Poisson, grenouille, serpent, coq ou chat semblent contenir silencieusement la sagesse qui échappe au départ au héros. Celle-ci advient finalement lorsqu'il parvient à trouver sa place au cœur du règne animal, régi lui aussi par le renouvellement naturel. Arme du crime, le couteau permet d'entamer un acte de contrition lorsque sur ordre de son maître notre meurtrier grave dans le bois qui recouvre le sol du temple un sutra, aidé à l'issu de sa fastidieuse tache par les inspecteurs venus l'arrêter. 

    A travers ses raccourcis qui n'ont finalement rien avoir avec ceux employés en peinture (songeons par exemple au tableau de Rubens, La lamentation, exposé entre mars et juin 2004 au Palais des Beaux-arts de Lille), le film de Kim Ki-Duk crée finalement des rigoles de sens qui se transforment en fleuve. A l'image du sutra, le travail du cinéaste pourrait davantage s'apparenter à celui du poète calligraphe qui sculpte les mots dans l'espace. 

    Il pourra sans doute être reproché au réalisateur le rôle péjoratif des femmes (objet de tentation, de luxure, du meurtre et de l'abandon) mais nous ne sommes pas ici pour faire le procès du monde ou de la philosophie asiatique. Printemps, été, automne, hiver... et printemps est un très beau film qui mélange savamment la sobriété à des élans d'une délicatesse aussi torride qu'apaisante. Kim Ki-Duk n'a sans doute pas encore livrer le meilleur de lui même, mais son sens du geste, de l'économie et de l'humour peuvent nous laisser espérer de prochains films d'un grand intérêt. Il vient d'ailleurs de tourner Samaria (Samaritan Girl). Nous avons hâte de nous y confronter. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches