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OLD BOY
Un soir de pluie L'Ivre de femmes et de peinture de Im Kwon-taek et le présent Old Boy de Park Chan-wook partagent administrativement deux points communs. La présence au centre de leur casting de l'acteur Choi Min-sik tout d'abord, mais aussi leur respective récompense obtenue aux festivals de Cannes 2002 (prix de la mise en scène pour le premier) et 2004 (Grand prix pour le second). La thématique de la solitude les place aussi sur un terrain d'entente même si Ivre de femmes et de peinture s'avère davantage un film déambulatoire (dans le temps et l'espace) là où Old Boy s'enferme dans les méandres d'un esprit torturé. Pourtant Oh Dae-soo ne va finalement pas plus mal que le monde auquel il est relié par l'écran de télévision, unique objet que ses tortionnaires donnent ou lui infligent. Enlevé un soir de pluie et cloîtré dans une simple chambre d'hôtel quinze années durant, Oh Dao-soo apprend à devenir l'anti-Robinson Crusoé, se départissant de toute identité pour devenir une expérience du temps. Il compte, se transforme, devient un cri. A sa libération, il n'a plus guère l'envie de se reconstruire mais de détruire. Sculpté par le désir de son geôlier, il affirme que la vengeance est devenue sa seule raison d'être ; le réalisateur avait déjà expérimenté le thème dans son précédent Sympathie for Mr Vengeance. En cela, Old Boy se présente comme un western ultra moderne dont la recherche repose sur l'exercice d'une temporalité sur un corps. Oh Dao-soo utilise tout d'abord sa main comme un calendrier gravant le passage de chaque année sur sa peau. S'il doit résoudre une énigme pour comprendre la raison qui l'a retenue incarcérée durant tout ce te temps (si tant est qu'il y ait une raison ; n'est-il finalement pas qu'un jouet ?), c'est principalement à travers son corps qu'il agit (pour le meilleur comme le pire) ; très belle scène, filmé en travelling le long d'un couloir, où il s'oppose à la kyrielle d'individus qui lui bouchent le passage. Oh Dao-soo n'est pas l'ombre de lui-même, il n'est devenu qu'une machine ; le retour de son humanité passera par l'expérience du pire. S'étant inspiré d'un manga, Park Chan-wook choisit rapidement d'évacuer l'enferment du prisonnier (les séquences de ce raccourci permettent de marquer les choix subtiles opérés par le réalisateur) au profit de son retour en extérieur qui tourne au cauchemar. Comme il le signale, Oh Dao-soo est victime d'un syndrome post-carcéral ; il se sent paradoxalement enfermé et traqué en extérieurs. Le tour de force du film consiste finalement à faire débuter son véritable supplice au sortir de sa détention à travers son retour à la vie et à la sexualité. Parabole autour de la dialectique du maître et de l'esclave, Old Boy lorgne du côté du mythe et par la même occasion de celui de Pier Paolo Pasolini, notre maître à tous. Mais que l'on ne s'y trompe pas, les accès de violence du film ne sont là que pour matérialiser la destruction psychologique du narrateur-protagoniste. La victime a autant besoin de son tortionnaire que l'inverse. Discernant difficilement la faute qu'il a commise avant son incarcération, Oh Dao-soo en commettra finalement une autre, bien plus traumatisante, au sortir de prison. La plus grande souffrance du héros sera au final de continuer à vivre et à y penser sempiternellement. Le seul problème de ce film aussi bien rythmé par son montage cut que par ses quelques plans séquence consiste à ne finalement pas s'avérer si choquant qu'il pouvait le paraître sur le papier. Espérons au moins qu'il n'ait pas reçu un prix pour cette mauvaise raison. L'autre risque auquel le film se confronte s'avère également d'être l'oubli rapide après une sortie s'appuyant sur l'esbroufe de son sujet. Si tel était le cas, l'on pourrait véritablement conclure que le festival de Cannes 2004 n'aurait véritablement pas été celui de la découverte mais de la déconvenue. Michel Marques
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