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OR (MON TRÉSOR)
France/Israël, 2004, de Keren Yedaya, avec Dana Iygy, Ronit Elkabetz, Meshar Cohen, Katia Zimbris…
Pitch : Ruthie et Or, une mère et sa fille de 17 ans, vivent dans un petit appartement à Tel-Aviv. Ruthie se prostitue depuis une vingtaine d'années. Or a déjà essayé plusieurs fois et sans succès de lui faire quitter la rue. Le quotidien de Or est une succession sans fin de petits boulots : faire la plonge dans un restaurant, laver des cages d'escaliers, récupérer des bouteilles consignées, tout en allant au lycée quand elle le peut. L'état de santé de Ruthie devient critique. Alors que sa mère sort d'un énième séjour à l'hôpital, Or décide que les choses doivent changer pour de bon…

 

"Où conduit l'escalier" ?

    Scénaristiquement parlant, Or (Mon trésor) peut se résumer en trois temps. Une lycéenne accompagne tout d'abord physiquement et moralement sa mère dans l'espoir qu'elle quitte son état de prostituée, finit ensuite par y renoncer et s'empresse enfin de suivre le même chemin maternel tout tracé. Cinématographiquement parlant maintenant, Keren Yedaya exploite sa situation en habitant son film de plans serrés, que l'on soit dans l'appartement, davantage lieu de passe que nid familial, ou en extérieur (Or se confine dans la cuisine d'un restaurant et fait la plonge entre ses heures de cours, nettoie l'escalier de sa résidence ou distraie ses camarades garçons entre deux immeubles). L'espace se resserre, s'encombre (voire l'appartement) et encadre l'héroïne comme sa mère. 

    Utilisant principalement le plan séquence, Yedaya met en scène chaque situation de tel sorte à ce que les personnages s'assiéent sur une chaise ou se couche dans une baignoire pour entrer dans le cadre. Avant cet effort, l'acceptation de cette contrainte, les corps restent coupés. De la même manière, la réalisatrice exploite le principal outil de travail des femmes dans un monde dirigé par le regard, le désir et l'attente des hommes (du propriétaire gras aux post-adolescents juchés sur un banc, tels des corbeaux), leur corps. Force des bras d'une part (nettoyage, ménage), des jambes (se déplacer d'un boulot minable à un autre, tapinage) et du reste, bouche et vagin (exercice de prostitution). C'est aussi à travers leur corps que le couple du film (telle mère, telle fille) dessine une union ; la scène où chacune se déshabille et se lave sous la douche en dit long.

    Le cadre féministe de son film, Keren Yedaya, déjà réalisatrice de courts métrages sans concession avant ce premier long, le développe en établissant les principes de notre société où l'homme hérite du pouvoir parce qu'il est dominant pendant que la femme se contente de l'anathème parce qu'elle est principalement l'objet du plaisir masculin. En s'achevant sur la mise mise en marche d'un caractère atavique, le regard du voisinage veut que Or devienne une prostituée comme sa mère, Mon trésor se termine là où commençait Les yeux secs de Narjiss Nejjar.

    Reste une tristesse enragée qui s'immortalise dans ces gros plans de visages où l'héroïne comme sa mère attendent que le temps passe et que leur labeur prenne fin. Mon trésor s'apparente à la photographie d'un monde où si Dieu existe, il est indéniablement un homme. Un monde qui s'avoue donc être tristement prévisible. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches