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METROPOLIS
Le cœur à l'ouvrage Il y a un an nous avions fait une preview dithyrambique de Metropolis. Le projet était alléchant car réunissant trois grands noms de la japanimation, ses qualités graphiques et sémantiques semblaient ambitieuses, et la bande originale jazzy nous avait emballé dès les premières notes. Coup dur, le film est un peu en deçà de nos espérances. Faut-il en conclure à la hâte qu'il ne vaut pas la peine d'être vu ? Non. La scène d'introduction nous projette directement au cœur de la cité et nous rassure quant à sa qualité formelle tant l'hommage à Fritz Lang saute avec panache aux yeux. A la fois expressionniste, oeuvre baroque, rétro, moderne, futuriste, Metropolis nouvelle version nous en met plein la vue. Le rendu graphique 3D pour les décors, accouplé aux personnages purement Tezuka 2-D est époustouflant. Rin Taro remplit ses cadres d'infinis détails, de personnages, d'architectures gigantesques, d'objets. L'écran grouille de vie, d'échanges et de circulations. Et une impression de trop plein se fait rapidement sentir, nous empêchant de rentrer complètement dans l'univers du film car sentant trop de choses nous échapper. En effet, il y a dans Metropolis cette impression de "trop" qui se dégage, trop à observer, à développer. La précision des cadrages, parfaitement organisés et montés, finit de nous écraser de leur maîtrise. Nous sommes certes en face d'une oeuvre sublime, mais froide et hermétique, dont le temps ne laisse jamais assez de place pour faire vivre le plus important, ses personnages et ses enjeux. Voilà où le bas blesse, le fond est écrasé par la forme. Le film souffre donc de lacunes de narrations assez importantes. Néanmoins quelques idées subsistent. Tout d'abord, on ne peut que sentir toute l'influence de Katshuiro Otomo sur la teneur du récit. Dénonçant les pratiques fascistes du Marduc Party, l'organisation réglementant les zones interdites et permises aux robots, appuyant gravement sur l'aliénation du peuple par des messages propagandistes diffusés à longueur de journée, Otomo revient à l'une de ses obsessions majeures, montrer l'individu brimé et non libre, arbitre puisque écrasé sous un régime totalitaire (voir d'ailleurs à ce sujet l'épatant et brillant sketch qu'il mit en scène sur Memories, plan séquence démentiel d'une demi heure). Ainsi, nous pourrions voir en lui quelques penchants marxistes tant ses conclusions deviennent auto-référencielles. On ne peut s'empêcher de penser à la scène finale apocalyptique d'Akria en voyant celle de Metropolis, le peuple au pouvoir dans l'un, les robots libérés dans l'autre. Mais il faut aussi parler de l'influence sur la conclusion de Rin Taro qui reste un grand utopiste puisque, comme Fritz Lang en 1927, il pense toujours qu'avant toute considération d'ordre éthique et social, le romantisme est la plus belle chose de l'homme. Metropolis approfondit aussi un peu plus la réflexion développée par d'autres œuvres sur l'Intelligence Artificielle. Ainsi, il montre l'organisation de la ville, divisée en strates avec secteurs autorisés et interdits aux machines. Reléguant les mecas au simple rang de prolétariat-outil, on pourrait y voir une brillante métaphore des camps ; parquer la différence dans un coin, la chasser, la soumettre ou l'exterminer. Et le parcours initiatique de la petite Tima, androïde angélique, est une preuve qu'une machine programmée peut être détournée de sa fonction par le bon sens et donc la compréhension et le décryptage de sentiments humains, un raisonnement qui la ramènerait donc à notre égal. Finalement Metropolis, est un éloge des petites gens qui prouve que le cœur est la plus précieuse des richesses. Lang n'en disait pas plus, Rin Taro n'en dit pas moins. Cédric Gentaz
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