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MARIA, LLENA ERES DE GRACIA (MARIA, PLEINE DE GRÂCE)
Colombie/U.S.A., de Joshua Marston, avec Catalina Sandino Moreno, Yenny Paola Vega, Guiied Lopez, John Alex Toro, Patricia Rae, Orlando Tobo...
Pitch : Maria, 17 ans, vit dans une petite ville de Colombie. Elle y gagne sa vie en arrachant à la chaîne les épines des roses vendues en gros aux pays riches. La survie de sa famille dépend pour beaucoup de son salaire. Mais Maria n'en peut plus et apprend qu'elle vient de tomber enceinte. Elle décide alors de tout plaquer et de fuir à Bogota pour y trouver un travail. Durant son voyage, elle croise un jeune homme dragueur qui lui propose son aide sur la route de la capitale un travail « cool et très bien payé » sur lequel Maria veut tout de suite en savoir plus. Elle pourrait devenir une mule. C'est-à-dire transporter dans son estomac des capsules de drogue jusqu'aux États-Unis...
 
 
 

Corps à corps

 
    L'on accompagne tout d'abord Maria (Catalina Sandino Moreno compose avec maestria, de la première à la dernière seconde, son personnage), jeune colombienne devant comme tant d'autres travailler à la force des bras, dans l'usine où elle confectionne des bouquets de fleurs, observée par la vigilance d'un contremaître qui ne cesse de rabâcher les objectifs de production. Si d'aucuns pourraient voir dans cette amorce du film une dimension documentaire, elle nous semble plutôt évoquer le cadre de la fiction à travers la proximité qu'elle entretient avec The Modern Times et la vision du travail à la chaîne qu'y déploie Chaplin. D'entrée, Joshua Marston, ancien sociologue, s'attache à filmer les corps des ouvrières pour ce qu'ils sont, des objets. Dès son premier chapitre (le film en rassemblera trois), le sujet du film est donc dévoilé : quels sont les possibilités scénaristiques, autant que celles du cadre, qu'offre un corps ? 
    
    Marston fait le choix de la caméra épaule qui traîne davantage le film vers le reportage ou la mise en scène du réel que vers le documentaire qui nécessite, lui, un exercice de recul. Les nombreux plans rapprochés finissent de cerner l'exploitation de l'individu et principalement des femmes dans un espace (un monde) où l'ordre est majoritairement l'apanage des hommes. Même dans l'exercice de la danse, l'on comprend que le corps s'instrumentalise dans sa relation à l'autre et que la femme est domptée comme le seraient les animaux.
 
    Exploitée par un patron, tout comme par le désir charnel d'un petit ami qui se contente de l'engrosser, Maria suit le trajet qui la conduira vers le réseau de trafiquants de drogue qui utilisent, eux, l'estomac de jeunes femmes pour acheminer leur cargaison vers les États-Unis. La scène où Maria est questionnée par le responsable du trafic, véritable entretien d'embauche, suit le trajet du général au particulier, concentrant son intérêt sur l'état de son estomac et sa capacité à exécuter des ordres. L'utilisation de champ contre champ entre Maria, le trafiquant et l'intermédiaire ne masque nullement celui qui dirige la scène et confirme sa position puisqu'il monopolise et distribue (comme il le fera avec la drogue) l'espace sonore. Il est d'ailleurs intéressant de comparer cet interrogatoire à celui que subit Maria durant un contrôle de douane impromptu dans l'aéroport américain. Maria répond toujours aussi succinctement aux questions mais cette fois les douaniers ne parviennent pas à la diriger vers les réponses attendues.
 
    La frontière passée, le film s'embourbe dans les conséquences du trafic : l'une des porteuses de drogue meurt accidentellement pendant qu'une autre est démasquée et arrêtée. Maria cesse ses atermoiements et comprend enfin à 18 ans que si sa vie est mal engagée, elle peut espérer un avenir meilleur pour son enfant sur le territoire de l'oncle Sam. Face au film de Keren Yedaya, Or (Mon trésor), Maria, pleine de grâce finit par ressembler à une bluette aux faibles conséquences pour son protagoniste. Tout le deuxième chapitre, concentré sur la préparation du corps (l'ingestion des capsules de drogue minutieusement préparées à la main) et celle de l'esprit, s'en trouve quelque peu entaché par un final où l'espace fictionnel s'étend de tout son long. Le troisième chapitre prend donc l'allure d'une recomposition judiciaire comme si chacun devait rejouer son rôle. Loin de perdre espoir, le spectateur n'omettra néanmoins pas de garder un oeil sur le parcours de Joshua Marston. Anne Ségolène
 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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