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LES YEUX SECS
Lune froide En octobre 2003, sortait en France le premier film du cinéaste marocain Fouazi Bensaidi, Mille mois. Malgré quelques défauts légitimes, ce dernier charmait tant par sa remarquable mise en scène que par la conduite de son récit. Un semestre plus tard, un nouveau long métrage marocain, le premier de la cinéaste Narjiss Nejjar, Les yeux secs, a recouvert de trop modestes écrans français. Même s'ils sont très différents, ces deux films partagent déjà un point commun en évoquant l'astre lunaire et le poids des traditions qu'il véhicule. L'observation d'un premier croissant de lune annonçait dès l'amorce de Mille mois le début du ramadan, tandis que la nouvelle lunaison signale au terme des Yeux secs que les femmes vont livrer leur corps contre quelques modiques dirhams aux hommes du village voisin. Dans les deux films, il est donc question de regards (celui de la protagoniste des Yeux secs en possède l'angoissante profondeur) qui attendent que leur destin programmé s'accomplisse comme s'il ne pouvait en être autrement. Héritière du passé de sa mère, Hala s'apprête à son tour à transmettre le lourd fardeau de prostituée à sa fille. Engoncée dans le rôle qui lui a été écrit, elle refuse d'entrevoir l'idée d'une reconversion en tisseuse. De retour d'un long séjour en prison, Mina, sa mère, revient dans son village berbère pour convaincre qu'un autre destin est envisageable pour la communauté. N'ayant plus de larmes pour pleurer, Hala refoule toute envie de changement comme si elle devait payer le prix de sa condition. Au contact de Fahd, le chauffeur de bus accompagnant Mina dans son village natal, Hala va alors réapprendre à être regardée et désirée pour elle-même. Sacrifiant pourtant la virginité de sa fille, elle va finir par se libérer de sa caractérisation atavique, retrouvant le chemin des pleurs. Métaphore autour de la condition des femmes, Les yeux secs s'impose comme un film important dans la cinématographie marocaine, non pas parce qu'il est réalisé par une femme mais parce qu'il montre combien elles peuvent avoir conscience de leur condition et manifester l'envie de s'en départir. Bénéficiant d'un casting impeccable, les rôles de Mina et Hala sont magistralement tenus, Narjiss Nejjar offre avec son premier long métrage, après un court (Le septième ciel) et un moyen en 2001 (Le miroir fou), bien des espoirs pour son avenir. Michel Marques
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