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LES REVENANTS
France, 2004, de Robin Campillo, avec Géraldine Pailhas , Jonathan Zaccaï , Frédéric Pierrot , Victor Garrivier , Catherine Samie…
Pitch : Un jour d'été, les morts reviennent sur Terre. Ils ne sont pas agressifs, mais arrivent en nombre. Dans la ville où vit et travaille Marie, cela représente tout de même 13 000 personnes à réintégrer. S'ils ne ressemblent pas aux zombies des films d'horreur, les revenants ne sont pas tout à fait les personnes qu'ils étaient vivants. Revenus de la mort, ils sont sereins, communiquent très peu. La population de la ville accueille de manières diverses ceux et celles dont ils avaient fait le deuil. Pour Isham, le retour de son fils de six ans est le plus beau jour de sa vie. De son côté, Rachel reste méfiante et ne sait pas comment aborder Mathieu, son ami, disparu deux ans auparavant dans un accident de voiture...

 

L'avis des morts

    Qu'il y ait songé ou non, le réalisateur des Revenants vient de donner vie à l'idée scénaristique dont le cinéaste Jacques Tourneur (Cat People) était imprégné à la fin de sa vie. Loin des moyens d'une superproduction américaine, Campillo met davantage en scène une idée saisissante qu'un ensemble de séquences démonstratives qui s'articuleraient autour de la performance visuelle. Il reste en cela le disciple du réalisateur franco-américain. Sa dramaturgie repose en effet sur l'attente et le jeu des regards, interrogateurs, passifs, voire perplexes. Si seuls le soleil et la mort ne peuvent se regarder droit dans les yeux, les "revenants"  sont tout d'abord observés avec distance. Cette méfiance à leur égard ne quittera jamais le monde des vivants. Le spectateur restera, lui-même, toujours sur le qui-vive.

    Le situation fantastique que le film expose dès sa séquence d'ouverture est traitée sous un registre documentaire. D'entrée, les préoccupations sont d'ordre statistique : que faire avec tout ces gens morts qui reviennent à la vie et quittent les cimetières, le rictus aux lèvres et les yeux grands ouverts ? On détaille et on effeuille les premières données de cet événement insolite. Comme chez Jack Arnold qui fut influencé par son travail auprès du documentariste Robert Flaherty (Nanouk l'esquimau, Louisania Story, L'homme d'Aran), Campillo se tourne vers le mode fantastique en inscrivant l'impression du réel dans un ensemble de détails précis. Comme dans L'homme qui rétrécit, l'invraisemblable devient plus vrai que vrai et l'espace réel se charge de fantastique. Si l'on intègre et dissémine les revenants auprès de la population, ils n'en deviennent que plus reconnaissable. Leur regard, lenteur, absence de vivacité finissent par créer une étrange étrangeté plus inquiétante encore que le fait de les voir revenir d'outre-tombe. 

    L'effet fantastique s'atténuant au fil des séquences, un rapport de force s'installe lentement entre les deux communautés. S'il est difficile en soi d'accepter le décès d'un proche et l'absence que cela crée, les vivants finissent pourtant par accepter tout aussi mal que ces morts reviennent à la vie après un temps de deuil. Tout le film repose sur ce paradoxe. Les revenants posent finalement problème parce que leur degré d'expérience dépasse ceux qui restent simplement mortels. On ne combat pas la mort, on se contente de l'accueillir tant bien que mal. Le retour à la vie prend presque ici une allure blasphématoire. Ce trouble naît de l'absence de réponse à ces retours inexpliqués. Car si la mort ne s'explique pas mais se vit, le fait de revenir de l'Hadès crée ici un mystère quasiment subversif. 

    Campillo nourrit son film d'une communication gorgée d'ironie, à défaut de communion, entre revenants et vivants. Une vieille femme qui retrouve son mari et aperçoit son tourment lui dit ironiquement : "Tu rentres tard. Ça va ? Tu as l'air fatigué." L'incompatibilité se lit également dans le sens inverse au moment où, la nuit, une voix demande dans un centre d'accueil à un revenant de rester allonger car il faut dormir (sous-entendu mourir). L'observation distanciée des revenants laisse peu à peu place à de la méfiance. Au fil des séquences, l'on comprend que chacun attend qu'une révélation advienne et que le retour des défunts prennent un sens. Un rapport de suspicion et de paranoïa s'installe jusqu'à ce que les morts retournent d'où ils viennent. Métaphoriquement et à travers son registre documentaire, le film de Campillo nous livre une radiographie très précise des années 2000 où chacun est entré dans une phase d'observation d'autrui, attendant sans doute qu'une faute soit commise pour engager la répression.  Les revenants n'incarneraient-ils pas un rêve d'oisiveté, aujourd'hui jugé suspicieux ? Partant d'une anecdote, le film livre donc tout un discours politique à travers son aspect sociologique. 

    A l'opposé de l'idée du manque que creuse le deuil, Les revenants s'intéresse au surplus que finissent par constituer auprès des vivants l'ensemble des disparus, revenus mystérieusement à la vie. C'est ici le manque d'explication de leur retour qui creuse toute la richesse du film. Cinématographiquement, vivants et revenants sont différenciés à travers l'approche des échelles de plans qui leur sont consacrées. Les premiers ont l'apanage des gros plans ou plans serrés tandis que les seconds sont filmés avec recul, en plans larges et sont suivis par des mouvement d'appareil. La grammaire se définit dès l'amorce du film, le spectateur s'identifiera, lui, aux vivants qui observent. Seul le personnage de Mathieu, entraîné par l'amour de Rachel (Géraldine Pailhas dont la beauté charnelle crève l'écran), sortira du lot et prendra peu à peu conscience de sa propre mort et du vide qu'elle a créé.

    Avec rigueur et malgré une deuxième partie qui ne semble pas exploiter un potentiel, relatif à l'idée de conflit, pourtant présent dans la diégèse, le premier film de Campillo (son oeil de monteur lui a indéniablement beaucoup apporté) nous questionne et nous regarde comme un objet solitaire dans une actuelle cinématographie nationale fastidieuse et convenue. A cet égard, Les revenants peuvent nous faire penser au très beau film fantastique de Pierre Jolivet, Simple mortel, sorti en 1991 et resté sous-estimé. Voilà deux films d'une indéniable originalité et voilà l'une des nombreuses raisons qui nous enjoint à soutenir au et fort Les revenants. Anne Ségolène

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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