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MAIMAL (LE SINGE)
Les jours en couleurs La sortie du précédent film d’Aktan Abdykalikov, Le fils adoptif, il y a trois ans m’avait permis de voir où se situait le Kirghizstan, petit pays coincé entre l’ouest de la Chine et le Kazakhstan, mais j’avais surtout découvert un cinéaste qui sait prendre son temps pour montrer les choses. Sans tomber dans les travers du film contemplatif insupportable pour les yeux, Abdykalikov montrait surtout une histoire simple, très émouvante. Nous attendions donc avec impatience la sortie de Maimal (Le Singe), troisième film du cinéaste kirghize, son premier film La balançoire étant inédit sur nos écrans. Avec Maimal, Abdykalikov poursuit sa quête autobiographique avec cette fois-ci l’âge de l’adolescence. Il filme les cinq derniers jours de liberté d’un adolescent kirghize avant de partir à l’armée. Ce qu’il y a de formidable avec ses films, c’est que l’histoire en elle-même peut devenir secondaire. Certes, il ne faut pas oublier le contexte, une certaine pauvreté, le désarroi d’un fils face à son père qu’il ne respecte plus, tant celui-ci ne se respecte pas, mais tout le talent du film réside dans la formidable mise en scène, la composition des plans et du cadre, le choix des couleurs et surtout la longueur des plans. Abdykalikov n’est pas cinéaste de formation, il est peintre avant tout, il n’est pas arrivé au cinéma par hasard mais on sent bien qu’il préfère raconter son histoire par l’image que par la parole. Il confiait d’ailleurs dans une interview qu’il n’aimait plus les films où l’on parlait beaucoup. Sans aller dans les extrêmes insupportables des films déniés de paroles et/ou de sens, Abdykalikov apporte cette beauté dans la composition des plans qui nous fait attendre avec impatience le plan suivant. Par une composition simple de l’image, il parvient réellement à nos faire vivre une certaine réalité kirghize, une gare de triage dans une bourgade où on à l’air de s’ennuyer ferme, une ballade ou une soirée entre adolescents. Les couleurs sont importantes dans ce film : le rose des gilets des ouvriers amène une teinte du passé, le rouge du drapeau rappelle d’autres drapeaux rouges, la tache noire sur le visage d’une femme. Mais ce que j’aime beaucoup dans ce film, c’est que le cinéaste nous laisse le temps de nous installer dans son récit, son image, un peu comme quand un ami vous montre ses photos de vacances mais qu’il nous laisse imaginer l’ambiance lorsque la photo a été prise, sans nous abreuver de commentaires inutiles. Il y a aussi l’histoire qui nous est contée, une jolie histoire au goût un peu nostalgique des années passées. Les jeunes du village en attente pour aller faire leur service militaire occupent leurs derniers jours à essayer de coucher avec une fille. Comme dans tout groupe, il y a celui qui essaye franchement, celui qui ricane, qui fait le fier mais ne sait pas vraiment comment s’y prendre et celui qui n’essaye pas tant il sait qu’il n’a aucune chance mais qui, un jour, dans un sursaut de courage osera, une fois. C’est un peu l’histoire du singe, cet ado au surnom difficile à porter, c’est la chronique d’une fin d’été ou les ados oscillent entre deux ages. Un très beau film, confirmation du talent d’Abdykalikov, un cinéaste majeur. Frédéric Billion
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