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HAURU NO UGOKU SHIRO (LE CHÂTEAU AMBULANT)
Japon, 2004, de Hayao Miyazaki...
Pitch : Sophie est une jeune chapelière dans un pays imaginaire ravagé par la guerre, où la magie est monnaie courante. Un soir, une sorcière capricieuse la transforme en vieille dame. Sophie part alors à la recherche d'un moyen pour redevenir comme avant. Elle trouve un château ambulant, qui parcourt le pays sur ses pattes, et dans lequel habite le jeune magicien Hurle, un play-boy mystérieux. Sophie travaille pour lui, tout comme Calcifer, un démon du feu plutôt sympathique. Le château de Hurle a une porte qui peut mener à quatre endroits complètement différents, dont la capitale du pays. Hurle va partir à la guerre. Sophie comprend alors que ses ennemis ne sont pas forcément ceux à qui elle pensait...
 
 

Derrière la porte

 
 
    Les aléas du calendrier font parfois bien et mal les choses. En bien parce que ce nouveau Miyazaki qui a atteint les cimes du box office japonais nous arrive deux mois à peine après sa sortie sur l'archipel. En mal car quelques uns des plus beaux fleurons du maître restent toujours irréductiblement inédits chez nous. Nausicaa, son oeuvre matricielle, mais aussi Porco Rosso et Mon voisin Totoro qui avaient bénéficié de sorties anecdotiques. Puisque Buena Vista vient de presser ces trois titres en dvd zone 1, nous sommes en droit de réclamer les mêmes privilèges, sachant que les films du maître ont toujours trouver une meilleure audience en France qu'aux États-Unis. Hayao Miyazaki l'avait déclaré à qui voulait l'entendre, Le voyage de Chihiro, celui-là même qui nous emmena aux limites des chimères de son auteur, serait son film testament. Pas de prolongement superflu au risque de briser sa fragile forme didactique mais aussi le danger de voir un univers enfler au point de se vulgariser, se fissurer de sa parfaite autarcie. Ce que propose hélas sa nouvelle ballade.
 
    Une fois n'est pas coutume, le maître est revenu sur sa décision et s'inspire du roman Le château de Hurle de Diana Wynne Jones. L'univers qu'il dépeint est purement fantaisiste, rien ne s'accroche ici au réalisme un peu résistant de ses précédentes réalisations (au moins, ne serait-ce que dans l'introduction ou à une date de l'Histoire). Alors que l'action est censée se dérouler dans les Landes, rien ne permet de le deviner si la commune n'était pas évoquée brièvement. L'ensemble est régi sous l'action de la magie, mais là où le sensaï avait toujours pris soin d'éviter le piège de l'auto citation et autres tours de marabout, Le château ambulant ne le contourne pas totalement, perdant ainsi en candeur ce qu'il gagne en gadgets visuels (l'irrésistible feu Calcifer ou la grotesque et capricieuse décomposition d'Hauru). Pirouettes et tours de passe-passe miyazakien sont bien présents, comme un bon élève qui aurait caser ses figures de style avant de rendre sa copie. Clins d'yeux référencés et quasi imposés, l'ensemble n'atteint pourtant jamais le zénith lyrique de ses aînés (ni la partition de Joe Hisaishi où certaines pistes sont décalquées sur d'anciens ost), aucune envolé aérienne du récit sans enjeu fictionnel juste pour le plaisir de caresser l'horizon, substituée ici à des ballades terrestres d'une grande sophistication.
 
    Sur le conflit qui touche le royaume, rien ne sera exposé sur les tenants et aboutissants. Peut-être pour la première fois, Miyazaki semble se détacher de l'ombre de tout combat. Pas d'interaction, de point de vue global, seulement une observation distanciée sur les ravages de la guerre, à hauteur d'habitants sinistrés mais aussi à amplitude éthérée lors des sorties nocturnes du magicien Hauru, témoin d'un monde en feu. Sa conclusion proposée au drame laisse perplexe, puisque le prince de la souveraineté adverse est en fait l'épouvantail Navet qui reprendra forme humaine après un baiser de l'héroïne apportant avec lui la promesse de paix... et l'affaire est dans le sac. Dommage de la part d'un artiste qui nous avait habitué à une vision moins sommaire des choses. L'arcane la plus creusée au sein du Château ambulant fait corps avec le physique de Sophie, jeune fille prisonnière d'un sort qui la vieillit, petite dame voûtée émerveillée et attentionnée. Derrière ce portrait, se dessine celui du maître en personne, éternel rêveur, attrapant sans relâche les étoiles de l'imaginaire et du cœur. Et l'idée prodigieuse d'une porte à destination protéiforme, ouverture et sans cesse renouveler sur le monde, à la recherche d'un coin d'intimité, parcelle d'univers étincelant où tout s'est joué et se rejouera encore. Il ne faut pas considérer le dernier Miyazaki San comme un semi échec, mais comme une demi réussite devant cette ténue déflation. Cédric Gentaz
 
 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches