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DAYEREH (LE CERCLE)
2000, Iran, de Jafar Panahi avec Maryam Parvin Almani, Nargess Mamizadeh, Fereshteh Sadr Orafai, Monire Arab
Pitch : Dans une ville iranienne, une mère attend la naissance de l'enfant de sa fille. On lui apprend que le bébé est de sexe féminin, ce qui semble la catastropher ; que va dire la belle famille à qui on avait annoncé un garçon ? Au bas de la maternité, trois jeunes femmes qui bénéficient d'une libération temporaire décident de ne pas retourner en prison. L'une d'entre elles se fait cependant arrêter sur-le-champ. Pour les deux autres, la traque commence.

 

Big Brother est un homme !

    Vu d'occident, Dayereh (Le cercle) de Jafar Panahi pourrait s'apparenter à un film de science-fiction mettant en scène une histoire cauchemardesque, un monde dans lequel les femmes auraient seulement la place que les hommes daignent bien leur autoriser, qu'ils soient leur père, leur mari, leur voisin ou des inconnus. 

    Tel est le portrait que nous dresse le réalisateur de Dayereh de la condition des femmes dans son pays. Elles ne sont rien sans l'aval d'un homme, elles n'ont aucun droit sans justification, autorisation d'un mâle. Le film enchaîne ses séquences autour de personnages féminins qui semblent se passer un relais. On commence dans une maternité où une mère apprend désespérément que l'enfant que vient de mettre au monde sa fille n'est pas un garçon, on continue en suivant  trois prisonnières qui cherchent à échapper à leur destin par la cavale, on en perd une puis une autre et enfin la troisième pour en découvrir une quatrième qui elle, fut libérée le matin même. Son cas n'est pas plus enviable puisqu'elle est harcelée par sa famille (le père, les frères) et s'échappe pour tâcher de retrouver une amie infirmière qui pourrait l'aider à avorter. Le film passe au cas d'une mère de famille qui abandonne dans la rue son enfant et se fait ensuite embarquer par la police pour présomption de prostitution. Le tout s'achève enfin avec une prostituée que l'on conduit dans une cellule où elle retrouve sans le savoir la plupart des personnages suivis auparavant. Le cercle se referme sur lui-même, intransigeant, sans espoir. 

    Toutes ces femmes n'en forment finalement qu'une seule puisqu'elles rencontrent toutes le même problème : celui de ne pas être des hommes dans une société où, eux seuls, ont un pouvoir. Elles ne peuvent fumer en public, prendre les transports en commun sans être accompagnées, elles ne sont qu'un appui, celui des hommes qui les utilisent par vanité : pour se donner une descendance par exemple, pour se libérer des tâches quotidiennes sans doute. Durant une heure et demie, le film déploie la figure du trajet, de la circulation ; on marche, on court, monte dans un véhicule mais, finalement, on ne peut s'échapper nulle part et revient toujours au même endroit. 

    Jafar Panahi filme ses personnages comme des animaux que l'on traquerait, caméra à l'épaule, s'arrête parfois sur leur silence, leur regard embrigadé ou encore leur espoir. Chacune ne le perd au fond pas de vue : ni celle qui aperçoit dans la reproduction d'un tableau de Van Gogh le paradis où elle a vécu enfant, ni celle qui a pu, en prison, bénéficier d'une nuit avec son amant qui a été par la suite exécuté, ni même la prostituée qui avoue stoïquement ce à quoi elle se livre pour "payer les factures", alors que le client potentiel qui l'a ramassée est prêt à baiser les mains d'un inspecteur pour être libéré et rendu à la petite famille sur laquelle il doit sans doute régner avec fermeté. Dayereh file la métaphore de l'incarcération en montrant ses personnages dans des cadres serrés, derrière des barreaux, grillages, vitres symboliques et exprime tout le refoulement d'une société inféodée à la religion et aux modèles qu'elle inculque aux uns et inflige aux autres. Le film nous rappelle ce que notre propre société était encore il n'y a pas si longtemps ou ce qu'elle continue d'être dans l'esprit de beaucoup. Si, comme le disait récemment un philosophe, l'Europe a tué son Dieu au vingtième siècle, il reste à espérer que d'autres sociétés s'occupent du leur au vingt-et-unième. Un cinéaste comme Jafar Panahi y contribue d'une certaine manière déjà. Michel Marques

 

en savoir plus sur Jafar Panahi : sa filmographie

Sang et or (2003)

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches