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THE PASSION OF THE CHRIST (LA PASSION DU CHRIST)
Chemin de croix On le sait depuis un moment, Mel Gibson n'est pas un metteur en scène qui fait dans la dentelle. Braveheart reste un morceau moyenâgeux massif. A l'annonce de la mise en chantier de La passion (titre prévu à l'origine), Gibson soulignait vouloir tourner en araméen et en latin par soucis de réalisme, sans sous-titre, la puissance du message devant être véhiculé par l'image. Voilà qui annonçait dès le départ une démarche tournée vers un formalisme devant transcender la barrière linguistique, se faisant ressentir par le prisme figuratif. Gibson escomptait donc dissoudre le sens du verbe pour l'imprimer dans sa représentation. Au vu du premier teaser, on pouvait se dire que Gibson avait peut-être retrouvé le sacrement précieux du cinéma muet. Mais toute ses ambitions déchantèrent très vite au profit du scandale. Calmons donc d'entrée notre entrain et dissipons de suite le malentendu concernant l'antisémitisme primaire du film. La narration des douze dernières heures de la vie du Christ (de son arrestation au mont des Oliviers à sa résurrection) reste très fidèles aux témoignages transcrit dans les évangiles selon Matthieu, Marc, Jean et Luc. Avouons qu'en ce sens les pharisiens sont clairement montrés comme manipulateurs qui ont anathématisé Jésus pour blasphème, tout comme la foule réclamant la crucifixion et soutenant le Sanhédrin. En tant que catholique traditionaliste, il n'est pas étonnant que Gibson ait conservé sans départage la question du choix de la faute, du deicite. Si les juifs le condamnent à mort, c'est bel et bien Pilate par faiblesse morale et lâcheté (il s'en lave les mains) qui finit par plier alors qu'il aurait pu le sauver par autorité. C'est ainsi bien les romains qui procèdent à la macabre mise à mort du Christ. Le débat était déjà mort-né mais il a fallu que certains relancent à feu ardent les choses avec une force de tous les outrages, appuyé par une manipulation médiatique franchement écœurante (merci TF1 et autres journaux scabreux) qui élude tout autre aspect de l'œuvre pour n'en justement retenir que ce qu'elle n'est pas. "Facho et révisionniste ?" Sûrement pas. En revanche, l'agressive propagande de destruction orchestré d'une façon chirurgicale par les médias catholos bien pensant sentait fort l'extrémisme qui n'était pas sans rappeler la méthode nazi considérant l'art engagé comme outil intellectuel dangereux et subversif (alors que le résultat n'est sûrement pas théologique). La passion du Christ méritait selon eux le bûcher alors même qu'ils ne l'avaient vu, pendant que Jean Paul II donnait son aval lors d'une projection privée au Vatican en compagnie de Jim Caviezel et Mel Gibson. Le deuxième point polémique, c'est la violence liée à la flagellation puis la crucifixion. Là encore, les détracteurs auront eu tôt fait d'entretenir une répugnance appuyée, affirmant sciemment qu'elle était insoutenable, nauséabonde et ultra gore. La flagellation selon ces mêmes personnes faisait 40 minutes à l'écran, montrée avec une complaisance malsaine sur des morceaux de chair arrachés en gros plans jusqu'à écœurement. Relativisons car la fustigation dure clairement dix minutes, entrecoupée d'inserts sur la foule, les bourreaux romains, Marie (Maia Morgenstern, seule actrice à retrouver la pureté émotionnelle innée du muet) prostrée devant la douleur de son fils. S'il n'y a aucun close up sur les chairs meurtries du messie (tout est tourné en plan rapproché à hauteur de taille), il y a bien de très gros plans qui n'isolent pourtant pas dans le cadre la soif carnassière du sang mais la douleur (contractions intenses des mains, oeil fermé, regard porté vers le ciel). Il faut comprendre que ce lynchage qui semble gratuit se rapproche mimétiquement de la réalité. Les romains étaient loin d'être des enfants de cœur et les outils de tortures utilisés sont exacts : des verges et le flagrum (fouet à manche court aux lanières avec lames acérées au bout labourant le corps, arrachant la peau). Si une telle barbarie semble aujourd'hui impensable à nos yeux d'occidentaux, les romains étaient eux accoutumés de sadisme sordide (lors de la destruction de Jérusalem en 70, on comptait parfois plus de 500 crucifixions par jour, hommes, femmes et enfants, pas le temps de fignoler le travail mais un véritable abattoir !). Mel Gibson semble s'être inspiré des peintures de la Renaissance (sur ce point Michel serait bien plus compétant que moi) et des écrits discutables d'Anne Catherine Emmerich (rappelons qu'il s'agit toujours soit de la vision d'un auteur, soit d'un artiste et qu'en la matière, personne ne peut se targué d'avoir raison). Les reproches objectifs les plus imminents envers le film ne peuvent être en ce sens formulé que sur un plan cinématographique (cadre, découpage, narration). Annonçons-le directement, la mise en scène est lourde mais efficace dans ses intentions comme un rouleau compresseur. Peu de temps pour aérer le récit (les flash backs sont décoratifs), c'est bien là le plus dommage. Voir des scènes de tendresse entre Jésus et sa mère, des moments calmes de dévotion où on aurait pu sentir tout l'amour qu'il porte envers autrui. Des instants sublimés par la grâce du croyant (donc du metteur en scène), un plan qui aurait fait plier genoux à terre sous le coup de l'émotion, une illumination du sacré. Rien de tout cela ou si peu. Le film est sincère. Certes, il ne manque pas d'amour dans sa confection, mais de démonstration affective, de grâce, de temps suspendu où la caméra serait venue à la fois arracher la contrition de Jésus et la compassion que lui porte le cinéaste, précieux mais absent. La passion du Christ ne se transcende finalement qu'au travers de la douleur expiatoire de nos pêchés sur le fils de Dieu. Épreuve interminable, chemin de croix opaque, long, creusant, irritant, trop maniéré (Jésus tombe plusieurs fois au ralentis, élans emphatique grotesque). Un peu d'épure aurait été la bienvenue, capter un simple geste qui parait anodin et le rendre miraculeux, une lumière séraphique touchant un visage, des signes qu'on ne trouvent pas facilement dans l'œuvre de Gibson. Il est clair que l'on souffre pour le Christ tout au long du film, on ressent son écrasant sacrifice et bien qu'il soit indescriptible, il se reçoit d'un seul bloc (score tonitruant, point de vue subjectif de Jésus, montage épais et excédant) comme un coup porté aux viscères. Le message de Gibson est pourtant comme celui du prophète : "aimez vous les uns, les autres." Dommage que cette agonie appuyée (finalement piégée sur son formalisme peu évident, mais jusqu'au-boutiste) à coup de marteau (c'est le cas de le dire) n'est pas trouvée plus d'éther pour faire vivre de doux détachements. Contempler le fils de Dieu dans son versant paradoxale, humble et grand. Graver l'extraordinaire non par une volonté imposante mais par la simple grâce du dépassement de la foi, du pardon et de l'inaccessible divin. Cédric Gentaz
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