CINÉMA

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LA MALA EDUCACION (LA MAUVAISE ÉDUCATION)
Espagne, 2004, de Pedro Almodóvar, avec Gael García Bernal, Fele Martinez, Javier Camara, Daniel Gimenez Cacho, Lluis Homar...
Pitch : Deux garçons, Ignacio et Enrique, découvrent l’amour, le cinéma et la peur dans une école religieuse au début des années 60. Le père Manolo, directeur de l’institution et professeur de littérature, est témoin de ces premières découvertes. Les trois personnages se reverront deux autres fois, à la fin des années 70 et en 1980. Cette deuxième rencontre marquera la vie et la mort de l’un d’entre eux... Madrid 1980, Enrique, jeune réalisateur de vingt-sept ans qui a déjà tourné trois films, cherche une histoire pour son quatrième long métrage. Quelqu’un sonne à la porte. Un jeune homme barbu lui annonce être Ignacio, mais Enrique, qui se souvient très bien de son ami d’enfance, ne le reconnaît pas dans ce séduisant visiteur… 

 

La pesanteur des corps

    Le long métrage de David Lean, Laurence d'Arabie, est souvent cité comme exemple de film ultra masculin. Pas la présence à l'écran de la moindre femme. Pour trouver d'autres occurrences qui exploitent le même registre, il faut regarder du côté des films de guerre, La grande évasion par exemple, ou dans les tribunes des stades de football. Si l'exercice de la masculinisation débouche facilement sur un rapport d'amitié virile (pensons au western où la présence féminine devient, en creux, la motivation de l'expression du pouvoir masculin), elle pointe souvent du doigt une homosexualité sous-jacente. L'expression d'un individu ne trouvant pas sa place dans le monde qui l'englobe revêt donc cinématographiquement de nombreuses formes.

    Ne serait-ce finalement pas le sujet du nouveau film du réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, La mala educación ? Le casting de ce dernier, quasi intégralement composé d'hommes, à l'exception d'un ou deux rôles de figuration (la tante ou l'aïeule du héros) met donc déjà en jeu un questionnement identitaire. Dès le générique, l'entremêlement des époques (archives journalistiques) et des photos de presse nous confrontent d'emblée à un univers confus, un patchwork où se mélangent les mots et les images, la couleur rouge et les roulements de tambour. Trop de gens encombrent le cadre. Le mélange des époques, le passage du présent au souvenir puis à sa fiction usent de la même stratégie. La mala educación est un film où le corps semble parfois vécu comme un poids, tantôt fantasmé (celui d'un adolescent devient dans le regard d'un curé amoureux une image religieuse, quasi iconique), en tous les cas toujours au bord de la rupture. Rarement un film aura autant exprimé la pesanteur que peut constituer le fait d'avoir un corps. En revêtant l'identité d'un frère mort, le héros ne prends pas sa place ou ne le fait pas revivre mais s'en débarrasse. 

    Le spectateur s'en trouve (féminin comme masculin, que l'on ne nous raconte pas le contraire) étouffé. L'idée d'enchâssement de récits, de film dans le film contribue au même résultat. Subtilement mis en scène, le récit de La mala educación ne laisse ni répit ni repos. Le spectateur s'en trouve seul, étranger face à toute identification. Le film d'Almodóvar n'a cependant rien d'accusateur, il justifierait presque l'attitude du prêtre par l'idée de beauté religieuse contenue dans son regard lorsqu'il entraperçoit l'élève dont il s'éprend. Chacun a finalement toujours ses raisons, quitte à ce que tous finissent par avoir tort. Honnête jusqu'au bout, le film finit par montrer l'envers de son décor. Un travelling nous montre au final la part de récit fictionnel. La mala educación nous parle certes d'amour mais le spectateur comme les personnages finissent finalement bien seuls. Si la messe est bien achevée, elle ne se conclut pas par un "Ecce homo". Anne Ségolène

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches