■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
LA CONFUSION DES GENRES
Mouvement(s) de fuite(s) Alain, le personnage incarné par Pascal Grégory, fait partie de cette famille d'adultes paumés, qui n'ont pas grandi et continuent, au-delà de la quarantaine, à mener la même vie qu'à dix-huit ans. Alain a beau être avocat, il n'a rien d'un défenseur illustre, ni des autres ni de lui-même. Il serait plutôt emprunt aux dix mille doutes qui l'assaillent sur ce qu'il veut ou ne veut pas. Pour un avocat, Alain ment très mal, tant dans le verbe que dans le désir. Sa vie sentimentale ressemble donc à un un grand désordre, à commencer par ses partenaires sexuels : tantôt hommes, tantôt femmes. C'est qu' Alain fonctionne à l'affect et ne se sent pas plus homosexuel qu'hétéro. Quand un client lui fait remarquer qu'il préfèrerait qu'une personne faisant partie de "la communauté", sous-entendue comme lui, s'occupe de don dossier, il tombe des nues. Plusieurs fois, d'ailleurs, des personnages masculins avouent lire dans ses yeux du désir. Ce qu'il repousse, agacé, car il ne veut pas être jugé, étiqueté. L'équilibre se fera lorsque Babette (petite amie d'un client condamné à perpétuité dont Alain s'occupe), tombée amoureuse de lui, découvre avec stupéfaction qu'il vit avec un jeune homme. Là, enfin, il la surprend. Alain se définirait plutôt comme évoluant dans la catégorie (puisqu'il faut toujours se résoudre à cataloguer) "queer", chère au romancier Guillaume Dustan. Il ne tombe pas amoureux d'hommes ou de femmes, il tombe amoureux, c'est tout. Dans ses va-et-vient incessants et à travers ses propos (Alain ne fait jamais ce qu'il dit devoir faire), La confusion des genres nous brosse le portrait d'un homme destiné à tout, à l'exception d'une vie programmée par la culture judéo-chrétienne (naissance, baptême, mariage, mort). Alain se trouve au milieu d'une route, immobilisé, incapable de traverser définitivement à gauche ou à droite. C'est d'ailleurs le plan que nous montre à un moment donné du film le réalisateur. Pour Alain, la vie s'apparenterait plutôt à un mélange, un collage. La première séquence de La confusion des genres nous le montre avec élégance : Alain, nu sur un lit, discute (en champ/hors-champ) avec un personnage qui en devient un autre, puis encore un autre (etc.) alors que la conversation se poursuit, cohérente, fluide. Il y a dans la brillance des dialogues et la remarquable exploitation des séquences du film un refus de définitivement arrêter les choses à une image fixe, celle d'un mariage ou celle d'une rupture (le mariage et les ruptures du film sont d'ailleurs nourris par l'extravagance). Alain est un personnage qui bouge, circule incessamment d'un endroit à un autre, d'un corps et d'un désir à un autre. Il est le seul personnage qui ne soit pas attaché à un lieu précis comme l'est Laurence à son cabinet, Marc à sa cellule ou à la salle de rencontre et Babette à son lieu de travail (le salon de coiffure) ou à son appartement. Alain est celui qui fait le lien entre tous. Malgré les changements de cap de ses sentiments, il ne se sent pas inconstant, indécis, il suit sa propre trajectoire et c'est autour de lui que les choses ne vont pas (cette phrase, il la confie d'ailleurs à Babette). Ce sont les regards qui se posent sur sa personne qui sont en inadéquations avec ses désirs. Si la séquence finale du film nous montre un couple à trois (Alain, accompagné de sa femme et de son jeune amant), statique dans la chambre d'une maternité et soudé autour de l'enfant qui vient de naître (enfant qui ne vient pas du désir), ce n'est pas pour éradiquer la vocation de désordre et de mouvement que cultive Alain, mais plutôt pour indiquer que du chaos surgit aussi la création. De ce film naît de la même manière un plaisir durable, bien au-delà de la salle de projection. Anne Ségolène
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Copyright © 2004 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com
quelques sites pour poursuivre la route www.filmdeculte.com Hkcinemagic http://analysefilmique.free.fr www.revue-eclipses.com Écrans pour Nuits Blanches
|