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L'Anglaise et le Duc

L'ANGLAISE ET LE DUC
France, 2001, de Éric Rohmer, avec Lucy Russell, Jean-Claude Dreyfus, François Marthouret, Léonard Cobiant, Caroline Morin, Alain Libol...
Pitch : Grace Elliott est une Écossaise Royaliste étroitement liée d'amitié au duc d'Orléans, cousin de Louis XVI. En 1792, ce dernier est entièrement acquis aux idées révolutionnaires. La divergence de leur combat idéologique ne les empêche cependant pas de s’apprécier. Elliott, qui trouva asile en terre de France à la veille de la Révolution, parvient même à persuader le Duc de sauver un proscrit, en ces temps révolutionnaires douloureux. Elle est cependant soupçonnée de trahison par l'armée...

 

Les Lumières de la Révolution

    Encore un film sur la révolution française ? Le spectateur serait en droit de craindre le pire, surtout si Éric Rohmer en est le réalisateur... Connu en effet pour ses fables légères, quoique cultivées, un tel homme ne semble pas requérir les qualités nécessaires à un projet si sérieux et ambitieux. Or, notre agréable conteur sut parfaitement s'en tirer, alliant références historiques précises, dialogues pointus et ciselés, véritables bijoux pour l'oreille, à un rythme narratif plus qu'agréable, proche de ses anciens films. Il s'en détache cependant par le choix d'un ton grave et solennel : comment pourrait-il en aller autrement puisque le seul point de vue revient à une noblesse décadente, si l'on excepte celui du réalisateur lui-même, que l'on sent, comme tant d'autres en nos temps modernes pétris de grands sentiments, nostalgique d'une époque faste et soi-disant policée ?

    Le parti pris d'Éric Rohmer est certes largement contestable et choquant : qu'il est facile aujourd'hui de faire pleurer le peuple libre sur le sort de ce bon bougre de Louis ! De même, comme l'on comprend l'horreur ressentie par Grace Elliot (remarquable Lucy Russell) à la vue de la tête de l'une de ses connaissances au bout d'une pique, symbole de barbarie extrême aux yeux de l'homme courtois qu'est l'européen du XXIème siècle ! Cette tête, qui n'est pas sans préfigurer l'issue que connaîtra cette pauvre reine, comme la nomme ainsi souvent Grace, reviendra parfois tel un leitmotiv épouvantable dans les conversations de salons.

    Il est en effet difficile d'admettre que les Lumières doivent passer par une telle violence aveugle et stupide mais comment la noblesse aurait-elle pu réaliser que son élimination allait de pair avec le succès d'une totale révolution ? Ainsi, laissez-passer ridicules, fouilles incessantes, fausses accusations parsèment la vie d'une Grace Elliott épouvantée, angoissée par un quotidien incertain et menaçant. La décapitation de Louis, magnifique scène en hors-champ marque l'un des paroxysmes de l'horreur intellectuelle contenue dans le film. En effet, rien n'est montré comme de coutume, mais le récit de l'exécution nous est rendu par un dialogue entre Grace Elliott et sa servante, lourd de silences et de malentendus. Une autre scène pleine de suspense (de vrai suspense celle-là) nous remplit de frayeur : celle du faux procès de Grace, victime de l'acharnement d'un homme qui veut sa peau à tout prix. Le harcèlement est tel que Grace en pleure, bafouée dans ses représentations du sens moral qui réglaient ici toute son existence. Rohmer sut même éviter la caricature en faisant la peinture, durant ce procès, de révolutionnaires éclairés, juste entraînés dans une folie meurtrière qui les dépasse. Jusqu'à Robespierre, couvert d'une gloire toute nouvelle, qui semble presque sympathique...

    Cette révolution ne tombe jamais dans le pathétique ou la tragédie, même à la fin lorsque s'enchaînent les décapitations : les personnages viennent présenter leur tête au bourreau comme ils pourraient vouloir nous saluer à l'issue d'une pièce de théâtre. De même, Rohmer garde jusqu'au bout son procédé de communication un peu suranné propre au cinéma muet : les sous-titres. Désir de recoller au genre de la fable qu'il affectionne tant ? 

    La révolution chez Rohmer sonne volontairement faux, il suffit d'évoquer ses décors artificiels, issus de gravures du XXVIIIème retouchées et animées. C'est moins la reconstitution réaliste d'un événement mondialement retentissant qui intéresse Rohmer que la perception tout à fait originale d'une aristocrate anglaise. Cette femme a bel et bien existé ; il a adapté ses mémoires et les a voulu vivantes, aussi l'art du récit se devait-il d'être soigné et alerte, quitte à occulter l'ampleur évènementielle.

    Naïve, pure, enthousiaste, Grace Elliott est le portrait d'une noblesse idéale, amoureuse de son roi et respectueuse de son peuple. Mais les Lumières de la Révolution n'auraient su naître d'une nature compatissante... Corinne Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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