CINÉMA

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L'ADVERSAIRE
France, 2001, de Nicole Garcia, avec Daniel Auteuil, Géraldine Pailhas, Emmanuelle Devos, François Cluzet, Bernard Fresson...
Pitch : Un jour, Jean-Marc Faure assassine sa femme, ses enfants, puis ses parents. Il tente ensuite, sans y parvenir, de se tuer lui-même. L’enquête révèle que celui que tout le monde prenait pour un brillant médecin n’a en fait jamais réussi les concours de l’école de médecine. Tout sa vie était basée sur le mensonge. Il n’exerçait, en réalité, aucune profession, et vivait d’argent emprunté à sa famille. Près d’être découvert, il préfère supprimer ceux dont il ne peut supporter le regard...

 

Chronique d'une folie annoncée

    En peu de temps, voilà la deuxième adaptation cinématographique d'un fait divers qui a stupéfié et passionné la France entière : le suicide manqué d'un homme qui avait feint pendant près de vingt ans d'être médecin et qui, se sachant découvert, avait assassiné froidement sa famille. Après L'emploi du temps l'an dernier, Nicole Garcia s'est attelée à la tâche en adaptant le roman éponyme du journaliste Emmanuel Carrière, mais de façon plus sombre et stylisée que ne l'avait fait Laurent Cantet ; la mise en scène, notamment, se révèle particulièrement maîtrisée ainsi que le traitement de la diégèse, éclatée entre moments présents et prolepses intrigantes et quelque peu déroutantes, dans les premières minutes du film.

    D'abord inquiet par l'extrême pesanteur d'un montage ardu, le spectateur suit une caméra qui s'attarde sur des objets à valeur symbolique (le bol brisé) et sans comprendre, visite aux côtés du personnage principal, hagard, les pièces de la maison où se jouera la tragédie. 

    Aucune surprise dans ce film : comme tous les grands mythes, il ne s'agit pas de se poser la question "quoi" ou "qui" mais plutôt "comment". Nicole Garcia prend de plus subtilement en compte le degré de savoir du spectateur qui vient voir un film dont il connaît déjà, grâce au livre d'Emmanuel Carrière ou au retentissement médiatique de "l'affaire Roman", les tenants et les aboutissants. Elle choisit donc d'évacuer tout suspense, contrairement au film de Laurent Cantet qui vise d'autres ambitions, au profit de la chronique lente, angoissante et inéluctable d'une folie annoncée.

    Un tel parti-pris, outre une mise en scène et un montage soignés, nécessitait la présence d'un acteur exceptionnel (Daniel Auteuil) avec qui le spectateur est en empathie totale.  : c'est viscéralement que nous ressentons le mal être profond de Jean-Marc Faure, noyé dans la médiocrité petite bourgeoise de médecins provinciaux, dont l'existence se résume à de chics sorties théâtrales, de vaines réunions cocktails, de bruyants barbecues le dimanche ou, à l'occasion, à d'assassines pétitions contre un malheureux maître d'école... Jean-Marc, de naissance modeste, se distingue de la famille de son épouse et de son meilleur ami (François Cluzet, parfait de légèreté et de superficialité) en ce qu'il maîtrise difficilement le langage. Quelques repas silencieux à la table de ses parents, frustes habitants des bois, en disent long sur l'éducation trop simple qui lui fut donnée, loin du tape à l'œil, du clinquant et de la vanité de la caste qu'il intègre. 

    Qui sont les coupables ? Les parents qui l'ont frustré de ce qu'il y avait de mieux ? Les beaux-parents qui l'ont écrasé de leur condescendance (Bernard Fresson est d'ailleurs excellent en beau-père tyrannique et fort en gueule) ? Les amis et l'épouse qui n'ont rien su voir ? Lui-même, victime d'un mensonge qui s'est éternisé, vite devenu incontrôlable car pour le contrôler, il fallait parler...

    Et parler, Jean-Marc ne sait pas le faire. L'incapacité de dire les choses peut aller de la faiblesse la plus pathétique -ne pas s'opposer au limogeage d'un professeur - à la force la plus brutale : tuer successivement sa femme, ses enfants, ses parents, sans dire un mot, sans un regard. Même la mort du beau-père, accidentelle, a pourtant à sa source la même et unique cause : le silence de Jean-Marc qui pourtant murmurait pour lui-même la phrase qui aurait pu tout éviter : "je n'ai pas l'argent."

    Jean-Marc est peut-être le fruit de son éducation ou un pauvre hère en dehors du temps, des choses et des êtres : il survole tout de son indifférence, profondément solitaire et incompris et se choisit un mensonge confortable pour s'aider à vivre... La société, cependant, ne permet pas cela : il faut rendre des comptes, surtout lorsqu'il s'agit d'argent. Alors on gagne temps. Puis, quand ce n'est plus possible, quand ce qui devrait être la réalité se révèle une vaste supercherie, l'alternative devient la suivante : avouer et réparer ou... continuer à se taire et faire taire les autres. En cela, les meurtres en série closent le long métrage comme un aboutissement nécessaire logique et sans surprise. Ils sont filmés froidement et calmement, sans pathos superflu : l'empathie du spectateur reste totale, quoique malsaine, puisque les assassinats, même en hors-champ, participent d'une focalisation interne au personnage principal. Le comble du malaise intervient sans aucun doute lorsque "nous" devons affronter le regard incrédule de la mère vers qui "nous" pointons un fusil... 

    Chronique d'une folie annoncée, certes, mais de la folie de qui ? Corinne Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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