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KILL BILL VOLUME 1
Who’s gonna pay the Bill ? Le très attendu Kill Bill se place d’emblée sous le signe de la profusion tant sonore que narrative et visuelle. A partir d’une trame classique, Quentin Tarantino, auteur cinéphage, porte le motif de la vengeance à son point d’incandescence, proposant un film maniériste des plus inventifs. Tarantino se réapproprie brillamment des genres cinématographiques comme le chambara, ou film de sabre japonais, et le wu xia pian, sorte de western chinois, genre transcendé par le maître chorégraphe Yuen Wo-Ping (à qui l’on doit récemment les combats spectaculaires de Matrix, Tigre et Dragon ou Hero) et qui est conseiller ici.
L’auteur de Kil Bill, Vol.1 apparente son film à une « manière » et à une matière toute japonaise. Le Volume 2, quant à lui, se situera davantage du côté des codes cinématographiques chinois, selon les propos de Tarantino. Un personnage représente ce brassage culturel : il s’agit de O-Ren Ishii (Lucy Liu), personnage sino-japonais, élevé aux États-Unis et que défie, dans un combat sidérant, Black Mamba (Uma Thurman), la vindicative Mariée. O-Ren Ishii fait figure d’alter ego du réalisateur. Ce dernier abolit les barrières culturelles et mixe tout à la fois le film de sabre asiatique, le western spaghetti et les codes afférents au cinéma chinois et nippon.
Quoi de mieux que la musique pour faire fi de ces clivages esthétiques et culturels ? Kill Bill, couramment assimilé (et à juste titre) à une compilation, n’existe en tant qu’objet film que grâce à la musique, consubstantielle aux images. Mieux, la raison d’être de Kill Bill, c’est la musique. Les scènes se fondent toutes sur une rythmique qui leur est propre. Le rythme même précède les images, écrit la mise en scène, détermine la gestuelle des acteurs et comment les corps vont évoluer dans le cadre, trouver leur place. D’ailleurs, le symétrique et très musical titre du film - Kill Bill - alliance d’assonances et d’allitérations, entérine la substance sonore du film. La musique féconde le récit mais permet également de fusionner des genres réputés incompatibles. En somme, l’hybridation narrative et visuelle découle directement de la musique. La longue scène de combat dans la villa bleue, transformée en dance floor, illustre à merveille la démonstration. Dans un premier temps, Black Mamba affronte les sbires de O-Ren Ishii, sans qu’aucune musique additionnelle n’intervienne. La bande son extrêmement travaillée s’élabore à partir de bruitages irréalistes (comme par exemple le son d’un jeu de quilles lorsque l’héroïne percute une table de bois). Puis, DJ Tarantino se met aux platines et son héroïne, au sol, tourne sur elle-même pour amputer ses adversaires, tandis qu’un bon vieux rock résonne sur la piste. De même, l’affrontement ultime dans le jardin japonais s’ouvre par un son mat (de l’eau tombe régulièrement dans un réceptacle de bois). Cette rythmique obsédante renvoie à la musique traditionnelle japonaise mais laisse très vite place à un flamenco revisité et qui donne lieu à une chorégraphie splendide.
Qu’est-ce donc alors que Kill Bill ? Une Chimère cinématographique ? Impression d’autant plus forte, au-delà de l’hybridation formelle, que le film est disjoint de sa deuxième partie (le Vol. 2 est prévu au printemps 2004). En tout cas, il s’agit d’une expérience visuelle et sonore foisonnante, n’en déplaise aux puristes ! Sandrine Marques
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