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AE FOND KISS (JUST A KISS)
Grande-Bretagne, 2003, de Ken Loach, avec Atta Yaqub, Eva Birthistle, Ahmad Riaz, Shamshad Akhtar, Shabana Bakhsh, Ghizala Avan...
Pitch : Casim Khan, émigré pakistanais de la deuxième génération, travaille comme DJ dans une discothèque de Glasgow et rêve de monter son propre club. Il travaille à développer ce projet avec un ami. Ses parents, Tariq et Sadia, musulmans pratiquants, ont décidé de le marier à sa cousine, Jamine, dont ils attendent l’arrivée en Écosse. Leur projet semble bien compromis lorsque Casim s’éprend de Roisin. Jeune enseignante, cette dernière est différente de toutes les filles que Casim a fréquentées jusqu’alors. Elle n’est pas seulement belle et intelligente, puisque, également volontaire et indépendante, elle est de confession catholique...

 

Qui s'opposent s'assemblent

"Il faudrait toujours enterrer ses parents avant d'atteindre la trentaine".

    L'on catalogue souvent Ken Loach comme un scénariste et cinéaste faisant reposer sa dramaturgie sur le cadre social et ses disfonctionnements. Si l'on y regarde à deux fois, l'on se rend pourtant rapidement compte que c'est principalement la place de l'individu et son articulation au sein du groupe (famille, communauté, collègues...) qui retient son attention. Le superbe Sweet Sixteen nous montrait un adolescent incapable de construire son identité parce que sa mère ne lui apportait finalement aucune stabilité, aucun repère et donc aucun désir. Liam faisait pourtant le vœu, à ses dépens, de resserrer sa famille implosée. Avec Ae Fond Kiss, Ken Loach aborde superbement l'angle communautaire, celui qui devrait lier les individus mais les sépare pourtant.

    Mais quel est le véritable thème de Ae Fond Kiss ? Dès la séquence d'ouverture, à travers le plébiscite de la jeune sœur de Casim, Tahara, on aborde les problèmes d'identité d'une génération née en Angleterre et élevée par des parents immigrés dans le respect et l'exigence d'une culture extérieure à la Grande Bretagne. Le film ne nous parle t'il pas de ce qui fait justement la richesse d'un pays, son métissage ? Discours qui ne fait évidemment pas que des adeptes. Le déracinement permanent que constitue le fait d'être anglo-pakistanais(e) est donc évoqué d'entrée, comme un pavé jeté dans la marre après le post-trauma du 11 septembre 2001 où chacun s'invente des coupables avec une facilité désespérante. Le sujet identitaire sera ensuite développé par la fiction en prenant appui sur la question du couple.

    Casim, fils d'immigrés pakistanais, est promis à sa cousine, dans les règles de sa communauté. Il rencontre et tombe néanmoins amoureux de Roisin, irlandaise et professeur de musique de Tahara, sa jeune sœur. La rencontre amoureuse débouche sur une véritable fusion et chaque membre du couple s'épanouit dans les bras de l'autre. Jusqu'à ce que la question identitaire ou culturelle les rattrape. L'avenir de Casim est déjà tracé et se doit de rester lié à sa famille. Le jeune homme révèle sa destinée à Roisin lors du voyage que les deux amoureux font en Espagne. Il y prend aussi sa décision de rompre avec les siens. Dans Ae Fond Kiss, le couple apparaît donc finalement comme le seul refuge de liberté et de transgression pour échapper à l'enfermement de la famille et de ses traditions (culturelles ou religieuses). Il trouve son épanouissement dans l'appartement de Roisin, véritable refuge pour Casim, lieu du bonheur d'où s'échappe le son des musiques que Roisin jouent sur son piano, parenthèse poétique où Casim n'est plus vu que par Roisin. Cette atmosphère de poésie est aussi rappelée par le titre original du film qui fait référence à un poème amoureux de Robert Burns.

    A travers le comportement des gamins insultant au début du film Tahara ou à travers celui de la famille de Casim (sa grande sœur monte un stratagème pour montrer à Roisin que le mariage se fera envers et contre tout), Ken Loach n'évoque pas le racisme et le dénigrement de la communauté d'en face. C'est bien pire, il s'agit du refus du mélange et de l'ouverture sur la différence et donc la richesse des autres. L'Angleterre en prend pour son grade. A ce cloisonnement que constitue finalement l'appartenance à une famille ou communauté, Loach propose une solution : la recherche d'un bonheur indépendant de tout programme pré-établi. 

    Sous la pellicule de ses bons sentiments, ne cachons tout de même pas que Ae Fond Kiss est un très beau film d'amour, la dernière oeuvre de Ken Loach est un brûlot lancé à la tête de tous les codes communautaires. Un film tourné vers l'avenir et la liberté qui doit l'accompagner. Avec The Navigators, Sweet Sixteen et aujourd'hui Ae Fond Kiss, Ken Loach est véritablement revenu en Angleterre. Et son travail est loin d'être terminé. Michel Marques

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches