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HARRY POTTER AND THE PRISONER OF AZKABAN (HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D'AZKABAN)
U.S.A., 2004, de Alfonso Cuaron, avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Michael Gambon, Gary Oldman, David Thewlis...
Pitch : Harry Potter entre en troisième année à Poudlard. Chez son oncle et sa tante, cela se passe toujours aussi mal. Et dans le monde des sorciers, un nouveau danger le guette. Sirius Black, un dangereux criminel, vient de s’évader de la prison d’Azkaban. On dit que c’est lui qui aurait livré les parents d’Harry au terrible Voldemort. En fuite, il chercherait maintenant à éliminer Potter. Pour protéger Poudlard de Black, le ministère de la magie y fait entrer des Détraqueurs. Sans savoir pourquoi, Harry est terrifié et s’évanoui à chaque fois qu’il s’approche de ces terribles gardiens d’Azkaban. Accompagné de ses amis Hermione et Ron, Harry va faire la connaissance du nouvel enseignant de défense contre les forces du mal, le professeur Lupin, qui dit avoir bien connu ses parents...

 

La mort lui va si bien

    Voir à la télé la crise d'hystérie que déclenche chaque sortie d'un nouveau tome d'Harry Potter relève de la stupéfaction. Branle-bas de combat au rayon livres, et pas que des mioches mais pour la plupart des adultes prêts à ramper sous les barrières du grand magasin pour être sûrs d'avoir le précieux manuscrit dès la mise en vente. Cela provoque un certain amusement (ah les joies du consommateur moyen !) autant qu'un agacement. Georges A. Romero nous avait pourtant prévenu en 1978 avec Dawn of the Dead (Zombie). Mais nous ne sommes pas là pour faire le procès de l'ultra lucrative saga de J.K Rowling, cela nous mettrait d'ailleurs mal aise puisque nous n'avons pas lu les livres en question.

    Revenons juste un instant sur ses deux précédents opus. Harry Potter (1) avait su, avec certes un académisme friqué mais soigneusement travaillé, nous faire découvrir avec la même magie que les mômes de 4 ans, le monde gentil du jeune sorcier. Apprentissage des règles, rencontre avec les personnages et leurs univers, établissement des bases pour mieux les distordre ensuite. Mais ne s'agit-il pas du propre de la sorcellerie ? Oui mais voilà, l'année suivante, Chris Colombus (Maman j'ai raté l'avion, vraiment un exemple au hasard !) continuait dans sa lancée pantouflarde, au point de noyer ses enjeux déjà bien transparents. Narrativement, le film est une catastrophe : plat, mou, pas rythmé pour un sous, une succession de scènes avec un bestiaire fantastique toujours plus exhaustif mais hélas pauvrement introduit. A vrai dire, Colombus en avait déjà ras-le-bol, et plus vite l'affaire serait réglé, mieux ce serait. 

    L'homme restera néanmoins producteur exécutif du 3ème épisode. Dans le cercle fermé et délirant des Potter maniaques, le troisième tome a toujours été considéré comme le meilleur. Steven Spielberg, qui s'était attaché un temps à mettre en scène une aventure d'Harry Potter, voulait réaliser cet opus et uniquement celui là, mais ce n'était pas du goût des producteurs. Warner sort donc de son chapeau le nom d'un inconnu (presque aux yeux de tous), Alfonso Cuaron, jeune réalisateur mexicain, à titre indicatif grand pote d'un certain Guillermo Del Toro (Blade 2 et bientôt Hellboy). Sur son CV, l'on trouve Une petite princesse (1995), petite comédie qui attire l'attention du studio. Cuaron se retrouve à la tête d'une des franchises les plus rentables et donc dans une position peu enviable. Attendu au tournant par des millions de fans, nanti de son plus gros budget à ce jour, la pression est maximale. On ne pensait de notre côté jamais à avoir à écrire cela mais cette année, plutôt que de s'extasier devant la baudruche embarrassée de Tim Burton (Big Fish), ruez-vous plutôt sur Harry Potter et le prisionnier d'Azkaban. La substitution de Colombus par Cuaron est ce qui est arrivée de mieux à la série, qui fait ici peau neuve, se ressourçant vers une esthétique gothique proche des "vrais - fous" films de Burton (Ewdard aux mains d'argent, Batman Returns). 

    Dès la première scène, la note d'intention est claire. Des ténèbres, une lumière diaphane surgit à travers le logo Warner Bros qui envahit bientôt l'écran. Harry tente en vain, sous sa couette, d'éclairer ce peu d'espace d'intimité qui lui reste. Le prisonnier d'Azkaban est un épisode sombre, lugubre, dont le processus d'anéantissement de son héros déploie ses ailes. Traversé par des spectres nommés les Détraqueurs, sondant les tourments et aspirant les âmes, Harry Potter 3 est clairement traversé par un souffle de mort. Sonate macabre, grand conte malade aux déraillements narratifs incongrus, Cuaron appose enfin à la saga une vraie vision de cinéaste. L'enjeu serait ici, non pas de fuir (Harry fait face à ses peurs sans détour) mais de trouver au contraire un coin inaltérable, moment de repos en apesanteur. Au milieu du film, celui-ci le touche du doigt, monté sur une créature, la scène caresse une verve miyazakienne. Dégagé pour un moment de ses enjeux fictionnels, pour le simple plaisir de flotter au-dessus de l'eau, se laisser porter par le glissement du vent. Bulle d'air oxygénante dans ce récit tendu comme un arc, avec pour atouts un audacieux formalisme. Saut de l'espace-temps, utilisation à bon escient du hors champ, ellipse narrative (fondus au noir nombreux), reconduction du récit joué sur plusieurs modes (vers la fin on pense beaucoup à Retour vers le futur). 

    Dans le final du film, Harry et Hermione en viennent à s'engouffrer dans une forêt traversée par des chimères, avec un brouillard illuminé par la lune. Il y a du Murnau là-dedans, une certaine puissance du muet réactivée. Cuaron a parfaitement compris que le fantastique, l'inquiétant n'est pas qu'un déballage de foire mais le rendu intrinsèque d'une atmosphère. Apparition d'un cerf incandescent (encore du Miyazaki) sur une rive voisine venu chasser les démons et les craintes. Finalement, les ténèbres se dissiperont - temporairement - face à cette percée discrète mais ô combien salvatrice de la lumière. Tapis au coin d'un bois ou d'un couloir, l'ombre de la mort plane toujours. Cédric Gentaz

 

 

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