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FAHRENHEIT 9/11
U.S.A., 2004, de Michael Moore, avec Michael Moore, Debbie Petriken...
Pitch : Après Bowling for Columbine, Michael Moore s'attaque de nouveau à un sujet sensible, en se penchant, cette fois, sur les évènements du 11 septembre 2001, et notamment la manière dont George W. Bush s'est servi de cette tragédie dans son propre intérêt. Moore part en fait des élections présidentielles contestées, notamment dans l'État de Floride, et accumule ensuite les critiques à l'égard de Bush : intérêts communs avec la famille Ben Laden, manque de détermination à rechercher les auteurs des attentats du World Trade Center, mensonges... Le président américain a installé un climat de terreur dans son pays et dans une grande partie du globe, usant de cette paranoïa pour asseoir sa politique de guerre...

 

"Un type simple et discret !"

     A travers la palme d'or largement contestable (nous en faisions part dans notre édito de juin 2004) que vient de décrocher Michael Moore pour son Fahrenheit 9/11, l'on peut se demander si l'art du documentaire cinématographique ne s'est pas autant appauvri au contact du média tv que perverti ? Les démonstrations faites à l'endroit du montage par le cinéma russe auraient-elles fait long feu ? Les séries tv, jusqu'aux sitcoms, ont déjà laissé leur place à la tv réalité. Le documentaire de création serait-il amené à terme à céder le pas devant une forme bâtarde où le démonstratif engloutit autant l'image que le son pour oublier de faire advenir les contradictions d'un sujet ? 

    Au regard de Super Size Me (Morgan Spurlock), Michael Moore semble déjà être relayé par des disciples. La technique tout aussi grossière que grossissante consistant à abreuver le spectateur d'une sur-réalité (le jeu de la répétition en est sa principale arme) fait des adeptes. Fahrenheit 9/11 semble davantage relever du "comment taire" que du "documentaire". Car si Michael Moore jette à la face de l'américain des révélations sur son actuel président (2000/2004), le français et l'européen ont conscience depuis longtemps de ce qui est révélé. 

    Certes, Moore se met cette fois-ci parcimonieusement en scène devant la caméra. Il n'a, en effet, pas besoin de mener le show puisque son George Bush revêt parfaitement le rôle principal. De même, Moore évite tout excès de voyeurisme, résumant le cataclysme du 11 novembre opéré sur les consciences américaines par un subtil (et peut-être obligé) écran noir dans lequel vient se ficher un couverture sonore qui ne pouvait en dire que plus long que n'importe quelle image. Mais quant est-il maintenant de sa démonstration ? Ne pourrait-on pas par une voix off  diamétralement opposée faire passer Bush pour un président consciencieux. Se raréfiant à l'image, Moore surcharge (voilà finalement sa véritablement marque de fabrique) la bande son de ses commentaires, surlignages, accusations. L'on finit par comprendre qu'il a besoin de son meilleur ennemi à l'image (Bush, encore lui) pour s'effacer. Moore doit finalement beaucoup à son président et les deux hommes s'apparentent aux deux revers d'une même pièce ; opposés mais indissociables, les affaires de l'un nourrissant celle de l'autre.

    Moore ne dit-il finalement pas à l'européen ce qu'il attend ? Démontrer que l'Amérique n'avait pas intronisé à la Maison Blanche un président aussi stupide depuis Reagan frise le pléonasme. A travers la mise en lumière d'une "théorie du complot", Moore discrédibilise un tantinet sa démonstration, la rendant hollywoodienne. 

    Certes, l'Amérique s'englue dans une mauvaise partie mais quel européen attendrait encore un éveil de conscience de la première puissance mondiale ? Moore ne construit-il pas à travers ses méthodes d'encerclement du spectateur une illusion sur ce que doit être un documentaire d'investigation comme les réalise si bien un Depardon (voir son dernier 10e chambre, instants d'audience) ? Ne sachant déjà plus regarder la tv, le spectateur lambda devra t'il réapprendre à regarder les films ? 

    D'aucuns se plaisent à nous faire croire à une concurrence entre le film de Moore et celui de William Karel récemment diffusé sur France 2. Mais qu'ont-ils de si différents ? Nous sommes finalement en présence de deux documentaires tout juste bon à passer à la tv. George W. Bush est un abruti, nous le savons. Un business man qui sait mener sa barque, c'est indéniable. Une honte pour l'Amérique, c'est certain. La question serait maintenant de savoir si ces deux films peuvent avoir un pouvoir sur la prochaine élection américaine. Si c'est finalement le cas, l'on passerait d'un film tv à une publicité. Michael Moore est finalement un type aussi simple et discret que George W. Bush. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches