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EXILS
A contre-courant Road movie déguisé, Exils n'est pas à proprement parlé un film sur la déambulation. S'il prend l'allure d'un pèlerinage, "une marche jusqu'à Alger", comme se plaît à le répéter le héros, le trajet que ce dernier fait à pieds avec sa compagne d'infortune se justifie tout d'abord par leur manque d'argent. Il s'agit ensuite moins d'un voyage géographique que symbolique et temporel. Le but de Zano consiste à retrouver les fondements de ses racines pour donner un sens à ce qu'il est. Ne trouvant au départ que peu d'implication dans dans le cheminement, Naïma parviendra au fil des contrées (France, Espagne, Maroc, Algérie) à donner un sens à sa présence dans ce voyage à contre-courant. Nous ne sommes pas confrontés à deux personnages qui se rendent d'un point à un autre (Paris/Alger, pendant que le voyage inverse est réalisé par toute une population dans l'espoir de trouver du travail) mais qui cherchent à mettre au diapason leur âme et leur corps ; voir le long plan séquence (tournée en une seule prise, selon le réalisateur) et sa scène d'exorcisme sur lequel culmine le film. La destination est avant tout celle de la mémoire originelle et familiale pour donner sens à son héritage. Naïma définit son perpétuel déracinement en se qualifiant "d'étrangère de partout" ; d'origine algérienne en France et ne sachant pas parler sa langue paternelle en Algérie. La force du film consiste à donner l'impression que ce ne sont pas Zano et Naïma qui croisent les paysages d'Espagne, du Maroc ou d'Algérie mais que sont les êtres qui y vivent (gitans, espagnols, marocains, algériens) qui entrent et passent dans leur vie. Ils font donc le voyages à l'envers, retournent à la rencontre de l'histoire primitive qui leur a donné naissance. En ce sens, Exils s'apparente à un film psychanalytique. La but est de retrouver la blessure qui empêche les deux héros de s'épanouir. Subtilement mis en scène (Tony Gatlif semble écrire son film à chaque plan), même si les révélations sur lesquelles il repose n'ont finalement rien de neuf, Exils part de France pour mieux la regarder. Humaniste jusque dans ses paradoxes (Naïma trompent son amant en s'offrant au premier venu), Exils est un film sur la quête de soi, des siens et du temps qui reste à construire. Un film qui regarde le spectateur comme si l'on faisait tous partie de la même famille. Michel Marques
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