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EL ABRAZO PARTIDO (LE FILS D'ELIAS)
Argentine, 2003, de Daniel Burman, avec Daniel Hendler, Adriana Aizemberg, Jorge d'Elia, Sergio Boris, Diego Korol...
Pitch : Ariel, trente ans, vit à Buenos Aires. Rêveur devant l’éternel, il passe son temps à arpenter les couloirs de la galerie marchande du quartier juif, où sa mère tient une boutique de lingerie. Ariel est un jeune homme taciturne, hanté par l’absence d’un père qu’il n’a jamais connu. En pleine crise d’identité, il rêve de partir travailler en Europe et de retrouver ses racines polonaises. Mais son quotidien, c’est ce petit passage fourmillant de magasins, ses coups de gueule et autres ragots qui y résonnent depuis des lustres. Il y a Osvaldo, le vieux monsieur qui ne vend plus rien, les Italiens, réparateurs de radios ou encore les Coréens, adeptes du « Feng-shui ». Il y a aussi Rita, blonde pulpeuse qui tient le cybercafé et dont les charmes ne laissent pas Ariel insensible...

 

Le passage Choiseul

    Grand Prix du Jury et Ours d’argent du meilleur acteur pour Daniel Hendler au festival de Berlin 2004, El Abrazo Partido (Le fils d'Elias), troisième film de Daniel Burman après En attendant le messie et Toutes les hôtesses de l'air vont au paradis, souligne sa marque à travers une caméra portée et des plans (très) rapprochés. L'instabilité formelle qui en découle et la principale échelle de cadres retenue par le réalisateur peuvent d'emblée malmener l'œil du spectateur. Dès l'amorce du film, l'on est de la même manière farouchement pris par la main et prestement invité à pénétrer dans les décors de l'intrigue, la galerie marchande d'un quartier juif de Buenos Aires.  

    Sorte de passage Choiseul, la galerie rassemble nombre de magasins qui bataillent pour survivre ou attendent, défaitistes, le dépôt de bilan. Entre les différentes nationalités qui y cohabitent s'orchestre un monde harmonieux, presque familial. Au centre de ce microcosme, Ariel, notre narrateur et personnage principal remet en cause la place d'un père parti en Europe peu de temps après sa naissance. Ariel en déjoue l'ordre naturel des choses. Trentenaire, célibataire lorgnant sur les formes d'une aguichante et un tantinet vulgaire vendeuse, il entreprend de changer de nationalité pour gagner à son tour l'Europe. Fuir pour oublier qui l'on est et de quel complexité est-on le résultat. Mais Ariel appartient au passage et ne cesse d'avancer de deux pas pour aussi vite reculer de trois. 

    Au rythme d'un tango haletant et ne lésinant pas sur l'humour, Daniel Burman nous présente le refoulement d'un trentenaire brisé par une éducation bancale. Dans une très belle scène, la mère d'Ariel lui fait remarquer qu'il n'est pas encore marié et devrait penser à faire des enfants. Jugeant son enfance instable, le jeune homme demande alors ironiquement à sa mère pour quelle raison il faut faire des enfants si l'on participe à leur gâcher l'existence. Parce qu'il faut croire en la vie, lui rétorque t'elle. El Abrazo Partido est cousu de cette espérance même s'il ne cesse de mettre en valeur par sa forme et son scénario l'inverse. 

    A travers son titre, le film déploie également son sens de la contradiction. Mettant en avant le prénom de l'absent, ce père au bras droit amputé, parti pour une raison encore indéterminée, le film le rend présent dans chaque plan et regard. Le troisième film de Daniel Burman nous prouve une fois de plus que le cinéma argentin est actuellement l'un des plus inventifs. Certes El Abrazo Partido n'a pas la grâce d'un Tan de repente ou d'un Historias minimas, tous deux sortis en 2003, mais il ne laisse pas indifférent. Anne Ségolène

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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