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THE COUNT OF MONTE-CRISTO (LA VENGEANCE DE MONTE-CRISTO)
U.S.A., 2001, de Kevin Reynolds, avec Jim Caviezel, Guy Pearce, Dagmara Dominczyk, Richard Harris, Luis Guzman...
Pitch : Edmond Dantès vit à Marseille. C'est un homme heureux : il vient d’être promu capitaine, file le parfait amour avec sa dulcinée Mercedes et tire en sa compagnie de joyeux plans sur la comète. Mais son meilleur ami Mondego ne l’entend pas de la même oreille. Jaloux et irrité par le succès de son copain, ce dernier monte contre Dantès une odieuse machination à l’aide du procureur Villefort. Enfermé et torturé au Château d’If, Dantès ne cesse de clamer son innocence. Mais rien n’y fait et plusieurs années passent. Pourtant, grâce à l’aide d’un autre détenu, l’abbé Faria, il réussit à s’échapper et à mettre la main sur un trésor. Riche et sous une nouvelle identité, Comte de Monte Cristo, il n’aura désormais qu’un seul but : se venger insidieusement de ceux qui l’ont trahi et dépossédé de tout...

 

Le double et son contraire

    Parce qu’il se permet quelques entorses au récit d’Alexandre Dumas, The Count of Monte Cristo (La vengeance de Monte-Cristo) risque de susciter sarcasmes et notules assassines. Reprocher les libertés prises face à une fresque aussi imposante a pourtant quelque chose d’absurde. Primo, adapter mille quatre cent pages implique coupes, ajouts et idées de mise en scène. Dans le cas présent, elles sont toutes judicieuses. Secundo, la morale de cette histoire pré langienne de haine, meurtre et vengeance subsiste dans le crû 2002. La vengeance, chez l’écrivain comme chez Kevin Reynolds, révèle tristement ses limites ; elle ne constitue pas une fin en soi. Après son évasion du château d’If, Edmond Dantes (James Caviezel), sous l’apparence du comte de Monte Cristo, veut se substituer à Dieu afin de punir ceux qui l’ont trahi. Pour Dumas, cela équivaut à oublier que la justice suprême est divine et que chercher à l’anticiper a des conséquences tragiques.

    Par ce respect d’un principe judéo-chrétien fort goûté Outre-atlantique (où l’on jure sur la bible à chaque procès), Kevin Reynolds et le scénariste Jay Wolpert font bon usage de la tradition. Ils suppriment des figures secondaires, glissent d’astucieuses nouveautés (l’illettrisme de Dantes, le passage à tabac annuel des condamnés), aèrent le récit sans succomber au piège de la digression. Un plan suffit pour situer le carnaval de Rome, un mouvement de grue majestueux pour donner l’ampleur nécessaire à l’apparition de Monte Cristo.

    Mais au cinéma comme en athlétisme, le punch n’est pas tout. Il faut savoir conserver son souffle et l’on se demande longtemps d’où ce Comte tire un équilibre aussi juste. Un plan tardif apporte la réponse. Au milieu d’une violente dispute, Fernand Mondego (Guy Pearce) saisit un vase qu’il fracasse sur un miroir avant de poursuivre sa diatribe. On ne s’y attarde pas mais la clé du film est là : elle réside dans sa structure symétrique et binaire. The Count of Monte Cristo est une oeuvre de face-à-face ; dès leur rencontre, ses protagonistes s’allient puis échafaudent des plans illico presto. S’ils réussissent, c’est parce qu’ils sont immanquablement confrontés à leur double, reflet de leur propre image. L’autre comme reflet de soi, en somme. Ce procédé s’applique avec bonheur aux paires formées par Mondego et Villefort (James Frain), Edmond Dantes et l’abbé Faria (Richard Harris). Cette symétrie, d’abord verbale, est poussée par des détails naïfs. Préoccupations, rictus et coupes de cheveux identiques pour le premier couple. Mêmes barbes, mêmes tignasses et bientôt même science pour le second.

    Ce souci miroitant se dissout à un autre échelon dans le dispositif narratif. A la dispersion, The Count favorise l’écho : Kevin Reynolds lance une idée qu’il reprendra des kilomètres plus loin. Mais l’œil avisé ne s’y trompe pas : il y a dans le film deux duels, deux pendaisons avortées, deux retours à Marseille, deux arrestations à la fois semblables et inversées (la victime prend la place du bourreau...), etc. Comme si l’on cherchait à créer des rimes pour ré-affirmer l’arrivée d’une froide revanche.

    Ravi, le cinéaste se paie même le luxe de triompher dans un exercice où ses collègues Frank Oz (avec The Score) et Tony Scott (Spy Game) avaient lourdement échoué : la description d’un transfert d’énergie entre deux personnages (co-détenus) qui voile une leçon de jeu entre deux grands comédiens : James Caviezel et Richard Harris. Les moments dans les cachots du château d’If sont les plus inspirés. L’étendue des connaissances de l’abbé Faria permettra à Dantes de se métamorphoser en Monte Cristo. Lisons ces scènes de la manière suivante : l’acteur Caviezel (ré)apprend à intérioriser son jeu. Lorsqu’il se transformera en monarque vengeur, il le jouera comme l’aurait fait, à son âge, Richard Harris ; avec fermeté et élégance hautaine. Le passage de relais s’était bien opéré entre quatre murs. Face à deux interprètes s’entendant comme larrons en foire, la caméra était là, tapie ou virevoltante. Cela va sans dire : elle n’en perdait pas une miette. Gautier Denneulin

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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