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COFFEE AND CIGARETTES
La pause café "Like a man say : all a fellow need is a cup of coffee and a good smoke" Johnny Guitar de Nicholas Ray Le dernier long métrage de Jim Jarmusch, Ghost Dog : The Way of the Samurai, datait de 1999. La sortie de son Coffee and Cigarettes nous fera t'elle patienter jusqu'à celle de son prochain film de fiction ? Rassemblement de différents courts métrages, tournés au fil des années avec amis ou acteurs de ses propres films, sur un même thème, la rencontre voulue ou impromptue autour d'une table de café, Coffee and Cigarettes n'en devient pas pour autant une simple compilation anecdotique qui serait réservée aux fans du réalisateur. En effet, l'ensemble des segments crée une dynamique d'où émane divers sentiments propre à l'univers jarmuschien. L'attente, le dialogue stérile, le mystère ou la frustration qui se cache derrière les silences ou encore la méfiance et jalousie qui peuvent s'installer entre deux personnes. Les saynètes participent également souvent du burlesque, soulignant le plaisir partagé des acteurs que Jarmusch a convoqués dans ses pauses cinéma qui prennent ici la tournure de pauses café (Bill Muray y excelle). En ne s'inscrivant pas dans le cadre du cinéma muet, mais en cherchant plutôt à être trop bavard, Coffee and Cigarettes pointe du doigt l'égocentrisme et l'absence de remise en cause du milieu artistique ; signalons bien sûr que les acteurs jouent leur propre rôle. Sans doute tournés en plan séquence, le différents segments sont agrémentés de plans de coupe sur les objets qui meublent les tables de café. Qu'y voit t'on ? Un désordre de tasses et de mégots écrasés dans un cendrier comme celui qui pourraient macérer au fond d'un cerveau instable. L'image prend finalement le pas sur l'échange de dialogues désordonnés puisque les personnages parlent pour ne rien dire (segment Somewhere in California) ou se taisent pour ne rien cacher (segment No Problem). L'on répètera plusieurs fois au fil des segments que la combinaison café et cigarettes n'a rien de sain en guise de déjeuné mais le film se construit justement de ces excès. Les commentaires, dialogues ou non dits débouchent systématiquement sur des conflits. Chaque segment devient alors une arène, délimitée par le cadre du plan, ou les personnages/acteurs tachent de remporter une bataille qui n'a pourtant pas lieu d'être. D'ailleurs, dans ses dialogues de sourds, personne ne gagne et les deux parties se retrouvent généralement abandonnées à leur solitude. Il ne reste plus rien à dire et le café est souvent devenu froid. Allumer une cigarette peut alors devenir un soulagement qui souligne cependant aussi un échec puisque rien n'a été échangé. Jarmusch échange de son côté beaucoup avec son spectateur et construit du sens lorsque d'autres préfèreraient s'endormir sur leur gloriole. A ce titre au moins, le film se doit d'être vu. Michel Marques
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