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CLEAN
Retour sur le plancher des vaches Ayant offert à Maggie Cheung le prix d'interprétation féminine pour son rôle dans le nouveau film d'Olivier Assayas, le jury cannois ne fut qu'à moitié pertinent en cette année 2004. Clean aurait en effet pu prétendre à bien plus, au prix de la mise en scène par exemple. Si le rôle de Maggie Cheung lui permet enfin d'exprimer la face sous-exploitée de son talent, Clean apparaît pourtant dans son ensemble comme un film dont la générosité offre à tout un ensemble d'actrices et d'acteurs l'occasion de briller. Nick Nolte aurait par exemple tout aussi bien pu être récompensé. Une Béatrice Dalle (Elena, l'honnête aimable), Laetitia Spigarelli (Sandrine, la dominante) ou Jeanne Balibar (Irène, l'opportuniste) campent de la même manière de remarquables seconds couteaux. La force de Clean est d'ailleurs d'apparaître comme un film de femmes au caractère trempé. Ce sont ici les femmes qui ont hérité de la place laissée vacante par des rockers ayant voué leur faiblesse à l'autodestruction. Là où les hommes s'abandonnent à l'effritement de leur âme, l'instinct de survie féminin permet à Emily de renaître de ses cendres. Le discours subversif de Clean jaillit pourtant au moment où Emily laisse échapper au détour d'une conversation avec Elena que sa souffrance de junkie valait indéniablement beaucoup mieux que la laideur du quotidien où il est nécessaire d'avilir son esprit à travers l'exercice du travail (de retour en France, Emily est serveuse dans un café-restaurant) pour simplement espérer survivre. Dans ce monde totalement "toc" où la scène musicale se dissimule derrière des costumes ou lunettes noires, Elena se départit peu à peu de l'accoutrement qui pouvait la conforter dans un rôle. Vêtements et chevelure "rock" auront disparu dans la dernière séquence où elle se retrouve à Los Angeles pour enregistrer des chansons écrites en prison durant l'ellipse du film. En ce sens, elle entre sur scène déshabillée de tout artifice. En dehors de toute foire, la musique et les chansons retrouvent enfin leur véritable sens : exprimer son mal être après l'avoir vécu et non vivre la déchéance pour s'inventer une existence meurtrie, digne de toute légende.. Du point de vue de la mise en scène, autre grande force du film, l'enjeu de Clean pourrait se résumer simplement au désir de fixer l'image. La caméra épaule suggère l'esprit malade et le cauchemar dans lequel Emily essaie de se débattre. Le cadre trouvera sa sérénité dans la dernière séquence où elle retourne à la vie à travers la création. Entre le Canada, la France et Los Angeles, Emily ne renie pas ce qu'elle a été mais fait simplement un virage à 360 degrés sur elle-même, prouvant que les véritables anges sont toujours des survivants. Clean est indéniablement le meilleur film à ce jour de Olivier Assayas. Michel Marques
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