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'R-XMAS (CHRISTMAS)
U.S.A., 2001, de Abel Ferrara, avec Drea Di Matteao, Lillo Brancato Jr, Ice T, Victor Argo, Naomi Morales...
Pitch : Un jeune couple d'immigrés (lui est dominicain, elle est porto-ricaine), s'apprête à fêter Noël avec sa fille. Ils sont tous les deux à la tête d'un important réseau de trafic de drogue. Lui se fait enlever par un flic corrompu qui réclame auprès d'elle une rançon.

 

Ma petite entreprise connaît-elle la crise ?

    Pour son nouveau film, Abel Ferrara est allé recruter deux acteurs tenant des rôles secondaires dans la remarquable série tv Sopranos, Drea Di Matteao et Lillo Brancato Jr. Dans 'R-Xmas, le réalisateur suit à la trace et développe à sa manière l'idée centrale sur laquelle repose cette série : les trafiquants de drogue ou mafieux sont aussi des citoyens qui, comme tous les parvenus, doivent vivre avec leurs problèmes quotidiens : qu'allons-nous offrir à notre fille pour Noël afin qu'elle sache que nous sommes de merveilleux parents ? Tel est donc le problème essentiel que se pose le couple formé par Drea Di Matteao et Lillo Brancato Jr.

     Non seulement Ferrara nous montre que ces deux protagonistes, dont les noms et prénoms ne sont jamais prononcés comme pour les réduire à l'état de personnes anonymes, font leur travail avec assiduité et professionnalisme mais savent aussi, chefs d'entreprise au grand cœur, répartir l'argent de leur réussite sociale autour d'eux (famille, amis, collègues). Parallèlement au laborieux parcours de Noël, Ferrara nous dessine alors celui de la drogue : récupérer, couper, préparer avec minutie les doses, les faire passer puis remonter l'argent. Tout cela impose un minimum d'organisation. De la même manière, obtenir la veille de Noël le cadeau désiré par sa fille incite à faire valoir ses possibilités de liquidité auprès d'une vendeuse, surtout quand le cadeau est épuisé en rayon. Jolie mise en abyme du film puisque le héros doit finalement accepter d'attendre un réassort des rayons. 

    En bref, notre couple passe son temps à montrer qu'il est au sommet de la hiérarchie de leur ridicule petit quartier. Avant tout, pour ces immigrés venant d'Amérique latine et ayant accédé à l'american way of life, c'est la reconnaissance qui compte, ce symbole futile si bien représenté par le jour de Noël où chacun écrase l'autre d'un geste de supériorité. Tout cela n'est finalement qu'une question de vanité. Noël s'apparente donc à une religion pour l'Amérique, celle du fric, proprement ou salement gagné.

    Cette religiosité, très présente dans le film dessine déjà le chemin de croix que vont vivre nos héros, écartelés entre l'aisance que leur offre leur trafic et les risques du métier. Mise à l'épreuve qui les conduit à se rendre compte qu'il n'est pas facile, même avec la meilleure volonté du monde, de jouer dans la cour des grands. Pas de lutte des classes ici mais une lutte de clans (dominicains, noirs, flics corrompus et consorts). Cependant, dans quelle catégorie nos deux héros sans nom pourraient-ils figurer ? Aucune. En effet, Ferrara ne réalise pas un film sur la mafia mais sur des gens communs qui utilisent le marché de la drogue pour des bénéfices personnels sans réaliser les dangers que cela implique. Le trafic devient une revanche sociale. D'aucuns enfoncent leur tête dans le caniveau en se droguant, d'autres soulèvent la leur sur l'échiquier qu'est la société. Cependant, derrière cette organisation de quartier apparaît l'amateurisme : un époux qui se fait bêtement kidnapper pendant que l'épouse négocie LA poupée rêvée dans l'arrière cour d'une boutique minable et douteuse ; une épouse, quant à elle, qui commet à son tour d'énormes imprudences lorsqu'elle doit cette fois négocier le prix du retour de son mari. 

    La force du film de Ferrara consiste à éviter les clichés qui auraient pu s'en suivre (scènes de violence gratuites, viol de l'épouse trop exposée, chantage sur l'enfant...) au profit d'une réflexion sur les choix d'un couple  soudé mais fragile car emprunt d'une foi et d'une moralité qui n'ont pas leur place dans le milieu de la drogue. Volontairement statiques, les scènes de conversation s'enchaînent et montrent le parcours intellectuel d'un homme et d'une femme dont l'issue peut être heureuse. L'optimisme inhabituel dont fait preuve Ferrara se double même d'un cynisme surprenant, proche de la satire : deux mères se battent pour obtenir la même poupée, notre couple de "héros" se déclare heureux parce qu'ils ont une belle voiture et le cadeau dont rêve leur fille...

    Le personnage central lui-même, incarné par Drea di Matteao, n'échappe pas à la caricature : vêtements et maquillage outranciers, propos vulgaires et attitude désinvolte contredisent son désir d'être une bonne mère et une bonne épouse. Lorsque tout va mal, ses tentatives pour sauver son mari sont vaines et pathétiques mais la pitié du spectateur l'emporte car la sincérité maladroite et la faiblesse du personnage émeuvent. Lorsque le couple se voit réuni comme par miracle, sans heurt, on se sent soulagé car la culture commune des films sur la mafia impose des codes auxquels Ferrara ose déroger. Le train train reprend avec tout ce qu'il comporte de risible comme ces réunions familiales dans des intérieurs de très mauvais goût, emprunts d'une religiosité symbolique...

    Nos miraculés peuvent en effet rendre grâce à Dieu de la seconde chance qui leur a été offerte. La fin du film reste alors ouverte : les voies du Seigneur sont impénétrables tout comme celles de nos brebis égarées...  Corinne et Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches