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CHEMINS DE TRAVERSE
France, 2003, de Manuel Poirier, avec Sergi Lopez, Kevin Miranda, Lucy Harrison, Mélodie Marcq, Jacques Bosc...
Pitch : Victor vit seul avec son fils Félix. Sans travail, il se débrouille en combinant de petites escroqueries minables et change sans cesse d'appartement. Sa vie est monotone et il lui est bien difficile d'élever Félix, en manque flagrant de repères. Entre le père et le fils, les relations se réduisent au strict minimum. Victor fréquente une chanteuse de bars, prénommée Roselyne, à qui il promet monts et merveilles. Mais celle-ci finit par le plaquer devant son manque d'initiative. Victor semble abattu mais rencontre vite une autre femme, la délurée Myriam. Sa spontanéité amène une touche de couleur dans l'univers grisâtre de Victor…

 

Le plan ou le plan séquence d'abord...

    Avec ses Chemins de traverse, Manuel Poirier nous prouve indubitablement qu'il a le sens du plan. L'auteur et réalisateur du décevant Les femmes... ou les enfants d'abord, son précédent film, déploie ici autant sa narration par le biais des dialogues ou silences qu'à travers la rigoureuse composition de ses cadres. 

    Ayant recours au plan séquence comme marque stylistique, Poirier nous montre d'emblée dans les Chemins de traverse la fragile union d'un père (Victor) et de son fils (Félix) à travers leur systématique séparation dans les plans. Séparés par exemple durant leurs repas par l'encadrement d'une fenêtre, les deux personnages n'occupent finalement jamais le même espace. De la même manière, la personne de Victor se définit principalement dans des intérieurs (l'habitacle de sa voiture ou les différentes maisons qu'il loue) pendant que Félix promène ou immobilise sa silhouette gracile en extérieurs (plans de grand ensemble). 

    Le but du film semble alors simple : réunir Victor et Félix dans un même plan sans la moindre entrave. L'ultime séquence de Chemins de traverse en propose le plus bel exemplaire. S'étant réveillé seul dans la nouvelle maison miteuse qu'on leur prête, Félix prend peur devant l'absence de son père et se précipite pour le retrouver. Victor est au bord du port. Au lointain, son fils surgit de la profondeur de champ et s'approche. Manuel Poirier concentre sa caméra sur Félix, laissant volontairement Victor dans le hors champ. La caméra décrit alors un panoramique latéral, intégrant enfin les deux personnages dans un espace unique. La fusion est complète, le film s'achève. 

    Ce résultat passe également par un changement des rôles. Peu loquace durant les deux tiers du film, Félix va finir par relayer son père qui, se confrontant à la désillusion (et à l'échec), se murera dans le silence. Au final, Victor prend de son côté la place de son fils en héritant d'une position contemplative en bordure de mer. 

    Manuel Poirier filme avec grâce la côte bretonne comme un Camille Corot peignait la campagne nordiste. L'ouverture du film est à cet égard significative. Le spectateur est confronté à une image fixe, véritable carte postale qui aurait été vidée de son sens décoratif. Il perçoit le son du bord de mer, la voix d'un homme (Victor) pousse un appel. L'image s'anime et la silhouette de Félix manifeste un signe de vie en rebroussant chemin. 

    A l'instar de ce début, Chemins de traverse est un film gracieux où Sergi Lopez impose toute la force de son talent en s'effaçant au fur et à mesure du cadre et de l'espace sonore. De son côté, après plusieurs rôles dans des épisodes de séries tv françaises (Navarro, Une femme d'honneur) ou téléfilms, Kévin Miranda offre à la caméra de Manuel Poirier une remarquable prestation. Cela ne fait sans doute que commencer pour ce jeune acteur prometteur. Débuter par un excellent premier long métrage ne peut qu'aller dans ce sens. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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