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CHAOS
Tabula rasa A travers un constat lucidement désespéré, Chaos honore en ce début de XXIème siècle la cause féministe. Cause encore aujourd'hui généralement bafouée au cinéma comme si les femmes n'avaient plus à se battre, comme si leur égalité enfin arrachée était définitivement entendue. A cela, Chaos répond par un plan final d'une grande beauté et justesse : quatre femmes d'âge différent (de 18 à 80 ans) sont assises sur un banc et regardent paisiblement la mer. Elles sont unies et célèbrent la même désillusion face à leur mari, fils, amant ou père. Avant d'aboutir à ce point d'orgue, Chaos poursuit un but simple malgré des détours complexes et embrouillés : restituer une parole écartée, celle de ces quelques femmes. Ainsi, durant une première moitié de film et à travers le mutisme symbolique de l'un des protagonistes (celui de Malika/Noémie), c'est la mise à l'écart d'une parole qui est désignée (celle d'Hélène Vidal, petite bourgeoise écrasé par son fils et son mari ou celle de la mère ce dernier). Toute la deuxième partie du film tend justement à libérer cette parole, à lui offrir les moyens d'exister. Cependant, cette liberté retrouvée qui passe par une indispensable prise de conscience ne peut se faire qu'à travers la subversion (on se cache du regard du mari, du fils, de la police et des maquereaux, tous placés sur un même plan, telle une grande famille). Étrangement, d'aucuns reprochent au film de Coline Serreau son aspect fatras. La réalisatrice part pourtant d'un point central en crise (le couple) pour le relier à différents réseaux, réseaux possédant un facteur commun : la place dominatrice dans le plus mauvais sens du terme des hommes. Toutes les relations entre hommes et femmes soulignent ainsi le profit des premiers réalisé aux dépens des deuxièmes, qu'il repose sur du profit (sentimental ou monétaire), de la servitude (la mère qui se met, en plus de son travail professionnel, au service de son mari et de son fils, la prostituée face à son maquereau ou client...) ou du courage (lâcheté contre engagement). Chaos finit de brosser un portrait masculin en retournant à leur propre piège le père comme le fils, tombés fou d'amour pour la même femme qui ne fait que les manipuler pour leur prouver leur faiblesse. L'homme se croit au centre du monde (Paul Vidal avec son travail, son fils -petit Vidal en devenir- avec ses infidélités) et crée une véritable mythologie autour de ses désirs ("cette fille me rend fou, je n'ai jamais aimé comme ça..." !!!). Au bout de ce chaos, seules les femmes parviennent finalement à ouvrir les yeux, laissant et abandonnant derrière elles ce en quoi elles auraient aimé croire. On les a flouées mais elles ont su faire table rase. Malgré son grain réel (le film a été tourné en DV) et sa force de caractère, Chaos souffre hélas derrière son ton caricatural même si sincère d'un détail : il ressemble à un fantasme ou à un conte qui n'est pas encore devenu réalité. Puisse t-il la rejoindre un jour. Michel Marques
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