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CE VIEUX RÊVE QUI BOUGE
France, 2001, de Alain Guiraudie, avec Pierre Louis-Calixte, Jean-Marie Combelles, Jean Segani...
Pitch : Dans un village du Sud-ouest, une usine de métallurgie est sur le point de fermer. Une poignée d’ouvriers restent encore, n’ayant rien d’autre à faire que bavarder. Ils discutent par exemple de la façon d’utiliser la prime de licenciement. Un jeune technicien, Jacques, vient démonter la dernière machine de l’usine. Il passe ainsi d’usine en usine, sans se créer d’attaches. Le responsable du personnel s’intéresse beaucoup à son travail, mais surtout à Jacques lui-même et, il n’est pas le seul...

 

trop de désir

    Nous rencontrons Jacques un matin à l'entrée d'une usine, vient-il pour chercher du travail ? Que peut-il bien attendre ? Il a rendez-vous avec le contremaître de l'usine pour démonter une machine dans cette usine presque désaffectée qui doit fermer dans une semaine. Il fait la connaissance des derniers ouvriers et du contremaître, pendant que tout le monde vit les derniers jours de l'usine en se baladant et discutant avenir Jacques paraît être le seul à travailler.

    Le film d'Alain Guiraudie joue sur deux tableaux, il évoque la situation des ouvriers qui vivent leur dernière semaine de travail avant d'aller rejoindre un avenir incertain, mais derrière cette situation sociale il y a aussi le désir de Jacques pour le contremaître….

    Ce vieux rêve qui bouge est découpé en fonction des journées qui passent, le contremaître qui arrive à l'usine d'un pas pressé et qui se finit par la douche. Entre ces deux moments, Jacques travaille au démontage de la machine, les ouvriers viennent le voir, le contremaître aussi qui semble le surveiller. Au fil des jours, Jacques fait la connaissance des ouvriers, bientôt il est vu presque comme l'un des leurs, alors qu'il est un peu le fossoyeur de l'usine, il la débarrasse de sa dernière raison de vivre. Pas de misérabilisme ici, nous sommes plutôt du côté de ceux qui ne comptent plus dans notre économie, ouvriers sans grande qualification, ils iront rejoindre le flot des chômeurs au long cours. Le plan social a prévu de leur donner une prime de licenciement, mais le plan social se moque de leur avenir.

    C'est un peu la disparition du monde ouvrier qui nous est montrée, mais tout cela est dit implicitement.

    Loin d'être un film esthétisant, Giraudie dans Ce vieux rêve qui bouge ne laisse aucune place au hasard dans la composition de ses plans, il utilise l'usine désaffectée comme un personnage à part entière. La cour envahie d'herbes folles et de parasols est en décalage avec l'idée que l'on peut se faire de ces lieux, il reste un souffle de vie dans ce décor de fin de siècle, dans ce lieu voué au silence, et on l'imagine, à la destruction.

    Les ouvriers sont désœuvrés et passent la dernière semaine de travail à discuter, boire des verres, on parle un peu de l'avenir mais pas trop. Il fait peur cet avenir, trop jeunes et pas assez diplômés, trop vieux mais pas assez pour la retraite. En fait, c'est une histoire de trop et pas assez, trop de désir mais pas assez de courage pour l'assumer. Jacques aime les hommes et ne s'en cache pas mais le contremaître n'ose aller plus loin que l'idée du désir.

    Il est très difficile de filmer le désir et Guiraudie nous laisse aller, libre à chacun d'entre nous de trouver ses marques, il aime filmer les corps en mouvement, ces grandes carcasses d'hommes parfois un peu gauches, ce même plan de la douche qui revient sans aucun voyeurisme, un peu comme le rituel de la douche chez les mineurs, après la journée de travail la douche est le lieu où l'on parle du jour écoulé, des possibles apéritifs, de l'avenir. Cela ressemble à un documentaire mais ce film est une fiction. Loin du film militant, Guiraudie ne montre pas avec amertume ni avec ostentation, le désir est une chose normale : "je bande pour toi depuis trois jours" affirme un ouvrier hétéro proche de la retraite à Jacques mais même s'il y a refus, l'apéro du soir est toujours maintenu.

    Un film un peu trop court, cinquante minutes seulement, mais précédé du réjouissant Tout droit jusqu'au matin (court métrage de 11 minutes de Guiraudie) où un noctambule décide de repeindre la ville en rouge.

    Une heure de cinéma différent qui nous montre autre chose, autrement. Frédéric Billion

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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