CINÉMA

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DIARIOS DE MOTOCICLETA (CARNETS DE VOYAGE)
Argentine, U.S.A., Brésil, Allemagne... 2004, de Walter Salles, avec Gael García Bernal, Rodrigo De La Serna, Mercedes Morán, Jean-Pierre Noher, Lucas Oro...
Pitch : En 1952, deux jeunes argentins, Alberto Granado et Ernesto Guevara, décident de partir à la découverte de leur continent : l’Amérique latine : l’Argentine, le Chili, le Pérou, Équateur… Ils commencent leur expédition sur une vieille moto Norton 500 de 1939, baptisée « la Poderosa » (« la Puissante »)... Ce qui débute comme une aventure prend progressivement une tournure différente. La confrontation avec la réalité sociale et politique des différents pays qu’ils découvrent altère la perception que les deux amis ont du monde. Cette expérience vécue à un moment décisif de leur vie éveillera de nouvelles vocations, associées à un désir de justice sociale. Ernesto Guevara est en passe de devenir « le Che »...

 

Le vraiment vrai

    Qu'ils soient originaires d'Amérique du Sud ou d'Espagne, les cinéastes de langue ibérique sont actuellement ceux qui triturent le mieux leurs scénarios pour faire advenir une conscience politique, de classe ou générationnelle. L'explication est simple : le média cinéma est sans doute celui qui permet le plus justement de pointer du doigt les contradictions. Nous gratifiant très régulièrement de véritable merveilles cinématographiques, ils expriment donc avec maestria les contradictions post modernes face aux enseignements du passé. 

    A travers la personne de Walter Salles, le Brésil possède de son côté l'un des plus doué et subtile réalisateur depuis Glauber Rocha. Médiatisé avec son remarquable Central do Brasil (Ours d'Or à Berlin en 1998), Salles nous avait autant ému qu'émerveillé en 2002 par son cinquième long métrage, Abril despedacado (Avril brisé). Le maître est aujourd'hui de retour pour nous illustrer les Carnets de voyage du Che Guevara. Et le résultat est véritablement à la hauteur de nos espérances puisque Diarios de motocicleta nous apparaît, comme l'est de son côté Clean d'Olivier Assayas, bien supérieur au Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, pourtant récompensé par la palme d'or à Cannes (2004). 

    Walter Salles symbolise dès le départ la formation de la conscience sociale du futur "Che" en insistant sur le déploiement horizontal de son voyage à travers le continent américain. La moto utilisée par Guevara et son ami Granado file à l'horizon et sculpte leur progression sur un continent étiré en longueur. Au fil des kilomètres, mois, rencontres et épreuves, le futur révolutionnaire laisse l'horizontalité pour gagner la verticalité, parfaitement dessinée par l'ascension vers le Machou Pichou. L'acteur Gael García Bernal (son meilleur rôle) s'est alors laissé pousser la barbe et prend l'aspect mythique de son personnage. Il entérinera une dernière fois sa métamorphose en traversant à la nage le fleuve qui le sépare de la rive qu'il veut symboliquement atteindre celle des lépreux), acclamé par ceux qui l'attendent les bras levés au ciel.

    Comme le souligne Guevara après le Machou Pichou dans la rédaction de son journal (voif off de Bernal), "ce ne sont pas les choses qui ont commencé à changer mais nous-mêmes qui étions devenus autres". Salles nous souligne le changement de Guevara à travers la variation des paysages (plats, montagneux, enneigés), autant d'étapes qui scandent le passage du temps. La détermination de sa conscience sociale passe alors par la certitude que les problèmes d'injustice recouvrent l'ensemble du continent qui possède pourtant une richesse principale : l'union d'un peuple métisse à travers sa langue. Ce constat, cette union, ces problèmes ne sont pourtant pas datés. Walter Salles exprime à travers son récit les cicatrices qui balafrent aujourd'hui encore l'Amérique du Sud. 

    Unissant la subtilité qu'on lui connaît (voir la scène où Guevara a en main une lettre de celle qu'il aime mais qu'il a laissé seule et doit, muet, en tirer les conséquences), Salles nous emmène dans un voyage initiatique où l'humour s'accommode aisément du sens politique. Il s'avère indéniablement être l'un des réalisateurs qui filment le mieux aujourd'hui les contradictions entre les situations et les hommes. Diaros de motocicleta est un film juste et non pas juste un film comme semblaient le prétendre un certain jury ou quelques critiques mal intentionnés. Salles sait que le sens politique passe avant tout par le biais du sens poétique. Son film en a hautement la grâce. Anne Ségolène

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches