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BROTHER (ANIKI, MON FRERE)
U.S.A./Japon 2000, de Takeshi Kitano, avec Beat Takeshi, Omar Epps, Claude Maki, Massaya Kato, Susumu Terajima.
Pitch : Aniki Yamamoto, un yakuza endurci, refuse de se soumettre à un clan qui réduit le sien à néant. Il s’exile alors aux Etats-Unis pour y retrouver son demi-frère. Très vite, Yamamoto reprend à son compte les petits trafics de ce dernier et de sa bande et permet à leur entreprise de régner par la force sur les affaires courantes.

 

La boucherie héroïque

    Après plusieurs films hautement estimés en Europe, Takeshi Kitano relève avec Brother le pari de signer à la fois l’un de ses films les plus aboutis et les plus ambitieux. Non content d’avoir, par le passé, décroché nombre de prix dans maints festivals, il s’attaque aujourd’hui à une production en partie américaine, passant par la même occasion à la conquête de l’Ouest. Même si, à première vue, le projet de son héros échoue finalement en fin de parcours, Takeshi Kitano marque un point décisif sur l’Amérique et ses faux fantasmes de terre de liberté, faisant d’un personnage de couleur, Denny, l’unique rescapé d’une boucherie héroïque. En sachant Kitano en train de tourner un film aux États-Unis, beaucoup s’attendaient à découvrir sa vision cinématographique de l’Amérique, cependant, le cinéaste s’évertue scrupuleusement à nier l'identité physique du nouveau monde. Yamamoto choisit par exemple de loger dans l'ancien repère de son demi-frère parce que l'endroit lui rappelle le lieu où il résidait au Japon. Durant les premières minutes du film, et ce jusqu'à la fin du flash back introducteur, le spectateur est lui-même berné, ne sachant plus vraiment s'il se trouve aux USA ou en terre nippone. Kitano choisit alors de mettre l'accent sur l'identité des clans, leur style, leur morale plutôt que de filmer les tribulations d'un yakuza en terre Yankee. C'est alors toute une métaphore sur le lien qu'il met en évidence. Il est de tradition dans la culture japonaise que l'on ne se touche pas, que l'on n'ait pas de contacts physiques en public. Les rapports développés entre les personnages du clan Yamamoto effeuillent alors d'autres types de liens. Le partage à travers le jeu (comme dans tous ses films) qui compense les moments d'ennui et d'attente, celui aussi à travers la confiance et le sacrifice de soi pour autrui.

    Il est maintenant courant de souligner que Kitano a l'art de naviguer sans transition entre des scènes ultra-violentes et des séquences jouant sur le pathos, cela lui est d'ailleurs tout autant reproché. Cependant, derrière sa chronique d'un suicide annoncé (tout le film en est emprunt), Brother soutient pleinement l'idée que l'individu doit finir par dépasser la loi ancestrale du groupe (yakuza ou mafia). Reprocher à Kitano de faire un film macabre et sans issue serait alors illusoire. L'auteur, acteur, réalisateur auto-sacrifie son personnage pour créer un avenir. L'étrange et marquante dernière séquence le prouve. Le spectateur se retrouve face à Denny (et s'identifie donc pleinement à lui), subtilement épargné. Par la même occasion, Kitano achève son meilleur film de yakuza comme s'il était déjà le dernier. Il conclut avec grâce un travail entrepris plus de dix auparavant avec Violent Cop (1989) comme pour sacrifier sa culture en même temps que celle de l'Amérique (l'avant dernier plan fait d'ailleurs écho à la fin du merveilleux film de Budd Boetticher, The Rise and Fall of Legs Diamond, 1960). Qu'il soit déjà actuellement en tournage d'un nouveau film où il ne joue pas s'avère alors symbolique. Kitano achève le siècle en le suicidant et entame le nouveau en accoucheur de génie. Michel Marques

 

bio-filmographie de Takeshi Kitano

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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