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BLOODY SUNDAY
Royaume-Uni/Irlande, 2001, de Paul Greengrass, avec James Nesbitt, Tim Pigott-Smith, Nicholas Farrell, Gerard McSorley, Kathy Kiera Clarke...
Pitch : Dimanche 30 janvier 1972, Derry, Irlande du Nord. Le député Ivan Cooper, organisateur d’une marche pacifique pour l’égalité des droits entre catholiques et protestants, est farouchement déterminé à éviter toute violence entre les différents protagonistes. Mais malgré son dialogue avec les autorités unionistes et ses tentatives de négociation avec les forces de l’ordre britanniques, la manifestation se transforme en émeute : treize personnes sont tuées par l’armée. Cette journée, désormais inscrite dans l’Histoire sous le nom du "Bloody Sunday" (Dimanche sanglant), marque ainsi le début de la guerre civile en Irlande du Nord...

 

Until justice is done

    Récompensé par de nombreux prix, dont le très prestigieux Ours d’Or à Berlin, Bloody Sunday, adaptation du livre de témoignages de Don Mullan (Eyewitness Bloody Sunday), frappe par son intensité et sa maîtrise.

    Produit notamment par Jim Sheridan (réalisateur de Au Nom du Père), ce film s’inscrit à la lisière du documentaire par son filmage vériste, héritage du passé de grand reporter de son auteur, Paul Greengrass. En effet, dès 1982, ce réalisateur britannique signait un reportage sur les grévistes de la faim de l’IRA. Vingt ans plus tard, il s’attache à reconstituer les événements tragiques de ce 30 janvier 1972, qui vit une marche pacifique pour l’égalité des droits civiques entre catholiques et protestants, dégénérer et provoquer la mort de treize personnes, dans la ville de Derry (Irlande du Nord).

    Suite à ce « dimanche sanglant », une enquête fut ordonnée par l’Angleterre, visant à démontrer la responsabilité de l’armée britannique et des paras dans cette tuerie. Il fut conclu que les Anglais avaient dû répliquer à des tirs isolés. Greengrass remet en cause cette enquête et s’emploie à analyser l’enchevêtrement des causes et effets qui conduisirent à la catastrophe, d’une manière sèche et sensitive. Que cette démarche émane d’un Anglais n’est déjà pas banal, mais que celui-ci évite les écueils du « film militant », donne davantage de force encore au propos. La mise en scène réaliste et efficace de Greengrass emporte le spectateur, sans effet de manche de sa part.

 

    En effet, nul manichéisme n’est à déplorer dans ce film tout de colère retenue et de dignité, à l’image des habitants de Derry qui s’engagèrent dans cette funeste marche, il y a trente ans de cela. Ce qui importe au cinéaste est d’analyser l’enchaînement des événements qui concoururent à cette tragédie.

 

    La structure filmique brille par sa rigueur : à la longue scène d’exposition (Ivan Cooper, le député local, mobilise la population et tente de tempérer les éléments les plus radicaux) succède l’action (les affrontements avec l’armée britannique, filmés caméra au poing). Puis vient l’heure où les familles comptent leurs morts. La caméra de Greengrass ne verse jamais dans le pathos, y compris dans ces moments violemment émotionnels, privilégiant une distance pudique.

 

    Le cinéaste stigmatise le processus inéluctable de la violence. L’usage récurrent des fondus au noir, mettant prématurément un terme à l’action en cours, entérine le sentiment d’une perte de contrôle généralisée. Les événements se précipitent, provoquant une multitude de réactions en chaîne. L’espace diégétique se charge d’une menace qui va grandissante jusqu’au froid décompte des victimes. La caméra de Greengrass semble se refuser à tout commentaire, se limitant à enregistrer les dérapages. Le spectateur, par ailleurs, ne s’identifie que peu aux personnages, tant Greengrass a le souci d’appréhender l’Histoire, au détriment des destinées individuelles. C’est la communauté qui est engagée ici et la conscience de tout un chacun, à l’heure où le problème irlandais perdure, loin des gros titres de l’actualité. Sandrine Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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