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BLOOD WORK (CREANCE DE SANG)
U.S.A., 2002, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Wanda De Jesus, Jeff Daniels, Anjelica Huston, Tina Lifford...
Pitch :
Terry McCaleb, profiler au FBI, est victime d'un infarctus en poursuivant un homme qu'il soupçonne d'être le "tueur au code" qui sévit en ce moment. Deux ans plus tard, alors qu'il a pris une retraite forcée et qu'il vient de subir la greffe d'un coeur, McCaleb est contacté par une jeune femme, Graciella Rivers, qui lui demande d'enquêter sur le meurtre de sa soeur. Il accepte en apprenant que son nouveau coeur provient justement de la victime...

Un cœur à toute épreuve

    A 72 ans, fort de près de cinquante ans de carrière et d'une vingtaine de films en tant que réalisateur, Clint Eastwood se maintient à un niveau tout à fait honorable au vu de ses derniers films et reste en plus une tête d'affiche respectée du grand écran, fait rarissime pour un acteur de sa génération (avec Sean Connery). Il revient aujourd'hui à l'un de ses genres fétiches, le film policier, qui l'a vu incarner les flics expéditifs et très positifs (la série des Dirty Harry) mais aussi d'autres plus ambigus (alcoolique et poursuivi par ses propres collègues dans The Gauntlet/L'épreuve de force qu'il réalisa en 1977, luttant contre des démons intérieurs dans le très bon Tightrope/La corde raide de Richard Tuggle en 1984). Cette fois, son principal ennemi n'est autre que l'inévitable vieillesse, déjà évoquée depuis une dizaine d'années par Mr Eastwood à travers certains de ses personnages et particulièrement dans Space Cowboys réalisé par lui-même en 2000, où le ton était alors à la légèreté.

    Blood Work, adapté d'un roman de Michael Connelly (d'ailleurs auteur de plusieurs thrillers mettant en scène un certain inspecteur Harry Bosch, qui n'a pas qu'un point commun avec l'inspecteur Harry du cinéma), s'ouvre pourtant comme un nouvel opus de Dirty Harry et on ne va pas bouder notre plaisir : exploration aérienne et nocturne d'une ville peu éclairée, puis plongée vers une maison encerclée par les lumières des gyrophares et devant laquelle s'agite un petit groupe de policiers et de journalistes. Dans la pénombre de ce petit quartier, deux policiers échangent des propos peu sympathiques sur un agent du nom de McCaleb alors qu'une voiture fait son entrée sur les lieux. McCaleb entre en scène : costume soigné, la démarche pleine d'assurance, le regard légendaire d'Eastwood. On croit retrouver l'inspecteur Harry Callahan, certes avec quelques années de plus mais le charisme est intact. Il scrute, taciturne, la scène du meurtre dans la maison, découvre un message du mystérieux "tueur au code" qui lui est directement adressé. Puis il ressort pour affronter les journalistes qu'il n'apprécie pas (comme Callahan) et aperçoit non loin un type suspect qui ne tarde pas à prendre la fuite. Comme à la bonne époque, McCaleb/Eastwood se lance à sa poursuite et si le poids des ans se fait alors sentir, il assure encore pas mal mine de rien. Malheureusement, pendant la course, c'est la crise cardiaque, il s'effondre, le suspect lui échappe. Ce dernier s'approche de lui, pourrait l'abattre mais ce n'est visiblement pas son intention. McCaleb, lui, déploie ses dernières énergies, sort son arme mais ne parvient qu'à le blesser avant qu'il ne s'échappe. Un hélicoptère qui survole les lieux projette une lumière aveuglante sur l'agent du FBI qui s'est effondré...

    Après cette très bonne introduction, ces premières minutes qui semblent hélas sonner comme la fin de l'ère Harry Callahan, Eastwood assume son âge. Deux ans plus tard, McCaleb a pris sa retraite et vient de subir une greffe du cœur. Vivant paisiblement sur son bateau entre deux visites chez la cardiologue (Angelica Huston), il va pourtant reprendre officieusement du service pour régler en quelque sorte une dette de manière posthume, à savoir résoudre le meurtre de la jeune femme à qui il doit son nouveau cœur. La longue et difficile enquête qui s'ensuit est menée par un McCaleb calme, physiquement fragilisé par la récente opération (il met souvent la main à sa poitrine, doit avaler quantité de pilules). Hormis un flair intact, les problèmes de santé et l'inactivité ont aussi pesé sur le mental de l'ancien profiler, plus sensible, même "papy gâteau" lorsqu'il apporte des "donnuts" à ses antipathiques anciens collègues pour les amadouer... La réalisation, soignée, suit le rythme de McCaleb qui s'épargne prudemment toute précipitation et progresse lentement mais méthodiquement dans sa recherche de l'insaisissable tueur en série, qui prend un malin plaisir à jouer au chat et à la souris avec lui et tente d'installer une certaine complicité entre eux. Une situation qui n'est pas sans rappeler In the Line of Fire (Dans la ligne de mire) de Wolfgang Petersen (1993) où Eastwood incarnait justement un agent des services secrets vieillissant affrontant un psychopathe joué par John Malkovich, à la différence notable qu'ici, nous ne connaissons qu'à la fin l'identité du tueur.

    Tout septuagénaire en forme qu'il est devenu, Clint Eastwood a donc voulu une bonne fois pour toutes montrer à son fidèle public qu'il est au soir de sa carrière, histoire de préparer le terrain pour les années à venir car il n'a pas l'intention de prendre sa retraite, loin de là, simplement s'essayer à des personnages en phase avec son âge. Cela dit, partagé entre lucidité et nostalgie, il se fait plaisir et fait plaisir à ses fans, par exemple en canardant au fusil une voiture suspecte en pleine rue. Quant à l'affrontement final avec l'assassin (qui aurait pu être plus palpitant), il ne peut s'empêcher d'y faire un clin d'œil discret au premier Dirty Harry lorsqu'il tient dans sa ligne de mire le tueur qui hésite à récupérer son arme à côté de lui. Dans la série des petites allusions à l'œuvre de ce grand bonhomme, on notera aussi le surnom de "cavalier solitaire" (titre français de Pale Rider réalisé par Eastwood en 1985) qu'il se donne dans la version française lorsqu'il interroge un suspect plutôt costaud contre lequel d'ailleurs il a bien du mal à faire le poids. Eastwood ne rate pas non plus une occasion de dévoiler son torse bien conservé à la caméra. Et si le fait d'avoir mis en vedette une jeune femme hispanique est tout à son honneur (dans la série des "Harry", les minorités étaient bien souvent reléguées à des emplois de personnages louches ou d'éphémères coéquipiers), il n'a pas pu résister à la "commerciale" et peu crédible scène d'amour entre McCaleb et Graciella Rivers (Wanda DeJesus), d'au moins trente ans sa cadette. Heureusement, qualité commune à tous ses films, le casting est bon sans être tapageur et Jeff Daniels, en voisin et ami de McCaleb, réalise une intéressante prestation non dénuée d'humour et d'ambiguïté.

    Au final, Blood Work perd en efficacité ce qu'il gagne par une histoire bien ficelée, et le résultat est très plaisant grâce aux solides épaules de Clint pour le soutenir du début à la fin. Ne vous posez pas de questions, un film de et avec Clint Eastwood reste une très bonne raison d'aller au cinéma. Emmanuel Coll

N.B. : Novembre 2002 est un mois spécial Clint Eastwood sur TCM qui lui rend un grand hommage en diffusant chaque soir l'un de ses films. A ne pas manquer !

bio-filmographie de Clint Eastwood, article sur son œuvre

 

 

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