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BLACK HAWK DOWN (LA CHUTE DU FAUCON NOIR)
Du chaos au K.O.
En 1992, les États-Unis décidèrent d’envoyer
des troupes armées en Somalie, sous l’égide de l’ONU, afin d’assurer la
distribution de l’aide alimentaire dans un pays frappé par la guerre civile.
Décision généreuse et désintéressée ? Pas vraiment : lorsque les
soldats débarquèrent, on apprit que Siad Barré, ancien dictateur, avait
cédé des concessions pour l’exploitation de pétrole aux compagnies d’Outre
Atlantique qui, auparavant, avaient financé la campagne de George Bush. Si la
distribution alimentaire s’effectua tant bien que mal, les troupes durent
riposter face aux attaques lancées par le général Aïdid. Des combats
éclatèrent à Mogadiscio et à l’aide initiale succéda une répression sans
pitié. Selon les journalistes présents, l’armée américaine exécuta de
nombreux civils et quand l’ONU quitta le terrain en 95, la paix n’avait pas
été rétablie. Black Hawk Down (La
chute du faucon noir) s’inspire d’un best-seller de Mark Bowden qui
relate, entre autres, la journée noire du 3 Octobre 1993 au cours de laquelle l’armée
fut mise en déroute par les somaliens. L’opération (la capture des
lieutenants d’Aïdi) devait durer une heure. Elle se prolongea jusqu’au
lendemain et dix-neuf soldats perdirent la vie. Le moins que l’on puisse dire, c’est
que l’adaptation laisse rêveur. En choisissant de n’adopter que le point de
vue de l’armée américaine, Ridley Scott et le producteur Jerry Bruckheimer
ont retiré à leur projet toute crédibilité historique. On ne connaît jamais
l’identité des noirs qui affrontent les rangers. Les ennemis de Black Hawk
Down surgissent comme des indiens anonymes, tout droit sortis d’un
western des années trente. Les auteurs semblent parfois vouloir rendre un
hommage à Alamo (1961) ; célèbre fresque sur l’échec,
explicitement cité lorsque Ron Eldard, la jambe cassée, continue à se battre
(mimant Richard Widmark dans le film réalisé par John Wayne). A aucun moment, Scott ne semble s’intéresser
à ses personnages qui sont autant de clichés ambulants (" Tu diras
à mes parents que je me suis bien battu " martèle une recrue
agonisante) . Ce qui a en revanche stimulé le cinéaste, c’est le principe de
rendre compte d’une déroute militaire, d’un fiasco total. Black Hawk
Down tire sa force d’une mise en scène tendue, dépositaire d’une
efficacité dont on ne le croyait plus capable. La ligne est droite, se met à
onduler puis se transforme en une courbe incontrôlable. Cette quête du
désordonné et du chaotique, incongrue dans Gladiator, possède
par endroits un impact indéniable. Exercice de mise en scène donc mais
dépourvu de cœur puisque rien n’est dit sur le drame somalien et les
véritables enjeux du conflit. Black Hawk Down nous en apprend
plus sur Jerry Bruckheimer qui ne voit ces derniers temps que deux thèmes
moteurs à l’entertainment : le succès éclatant (Coyote Ugly,
Remember the Titans) ou l’échec tout aussi cuisant (mais
momentané !), témoins Pearl Harbor et ce film ci. Nul doute
qu’enfant, notre homme devait apprécier les beaux jouets. Mais, curieusement,
il devait aussi beaucoup aimer les casser. Gautier Denneulin
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