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BÉCASSINE, LE TRÉSOR VIKING
France, 2001, de Philippe Vidal, avec les voix de Muriel Robin, Zabou Breitman, Philippe Gildas...
Pitch : Loulotte vit à Paris avec son mari Edmond, photographe, et leur fille Charlotte. Comme Edmond est en reportage au pôle Nord et qu’elle doit se rendre à Venise pour un concours de sculpteurs, elle demande à son ancienne nourrice Bécassine de venir garder Charlotte. Quitter Clocher-les-Bécasses pour Paris n’est pas une mince affaire pour la brave Bécassine. Mais voilà qu’Edmond ne donne plus de ses nouvelles. Bécassine et Charlotte s’embarquent alors dans une aventure mouvementée...

 

De la madeleine au biniou

    Février 1905 : dans les pages de La semaine de Suzette, Annaïk Labornez alias Bécassine fait son entrée. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une bande dessinée, plutôt d’une histoire à images narrant les mésaventures de Bécassine, engagée comme nourrice au sein d’une famille bourgeoise parisienne. Ses créateurs - Joseph Emile Pinchon au dessin, Maurice Languereau au scénario – pouvaient-ils imaginer que leur héroïne allait être, près d’un siècle plus tard, la vedette d’un long métrage d’animation ? Tout au plus ont ils pu admirer (?) Paulette Dubost dans le Bécassine (1938) de Pierre Caron, décrit par les amateurs comme une absurdité hilarante.

    Au vingt et unième siècle, la soubrette bretonne effectue donc un come back plutôt inattendu. Mais Bécassine, le trésor Viking délaisse la reconstitution des années vingt. Le personnage fonctionne aujourd’hui à la Madeleine de Proust ; la simple vue de sa coiffe, de sa robe et de son biniou constitue un tremplin idéal à la nostalgie. Philippe Vidal l’a compris : son film possède la particularité de n’être jamais situé temporairement. Les décors de Paris et l’atmosphère qu’ils sécrètent renvoient par déduction au sixties. Période assez proche pour séduire le public, elle empêche de rendre Bécassine trop anachronique et condense l’esprit innocent tant recherché. Les héros lancés à la conquête d’un trésor – Mac Guffin peu crédible – traversent une France idéale, insouciante. Assez maladroit lorsqu’il lorgne vers Tati (la maison possède un petit côté villa Arpel), Bécassine trouve ses marques en reprenant les formules des bandes signées André Hunebelle (Fantomas, Le bossu). Il favorise le dynamisme narratif, échappant au sur-place niais type Amélie Poulain.

    Le graphisme utilisé sert le propos : il rappelle le beau dessin animé américain Batman - dans sa façon d’introduire des figures massives – et bien sûr la ligne claire inaugurée par la série des Tintin. On aurait pourtant tord de crier au plagiat et ce pour deux motifs. 1. Hergé s’est lui-même pas mal inspiré de la Bécassine originelle. 2. La ligne claire de ce Bécassine se mélange à la courbe qui accentue le mouvement. Chaque objet, chaque monument voit sa base exagérément allongée et sa partie supérieure rétrécie et arrondie : les formes sont distordues à plaisir. La caméra, dans cette idée, part souvent d’un cadrage oblique comme si l’esthétique ligne claire avait été, ici et là, délibérément secouée. Cette technique porte ses fruits lors des scènes de poursuite, les chassés croisés où l’on se cherche (comme le rythme ou le cœur du film). Si Bécassine, le trésor Viking ne sait pas trop comment démarrer ni comment finir, il donne sa pleine mesure dans ces télescopages ponctués par les solos de batterie. Du plus bel effet. Gautier Denneulin

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches