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BASSE NORMANDIE
France, 2004, de et avec Patricia et Simon Mazuy-Reggiani ainsi que Bernard
Maurel, Thierry Duhazé, Michel Thoury...
Pitch : Simon et Patricia quittent momentanément leur maison de Basse
Normandie pour rejoindre un haras, où Simon doit s'entraîner pendant trois
mois afin de présenter au salon de l'agriculture un spectacle, durant lequel il
déclame les carnets du sous-sol de Dostoïevski sur un étalon. Redécouvrir
les chevaux, se lancer dans cette aventure un peu folle, commanditée par une région
dont les représentants brillent par leur absence, se poser des questions,
somatiser, bref, le parcours est semé d'embûches...
"On achève bien les chevaux"
Comme de plus en plus de films récents,
Patricia Mazuy a recours dans Basse-Normandie
à l'utilisation du support dv, ce qui oblige au départ à se méfier car
tout le monde n'est pas Abbas Kiarostami (Ten).
Que fait-elle donc de son support ? S'il a une indéniable incidence sur le
coût du film, ce choix définit ici surtout le registre de l'économie
narrative. Il brosse de plus d'entrée les deux espaces entre lesquelles le
film ne cessera de tanguer pour mieux se découvrir.
Dès le départ, l'enjeu de l'image consiste
à faire oublier la fiction pour mieux entrer dans un rapport documenté. Le
personnage de Patricia Mazuy est Patricia Mazuy, celui de son époux, Simon
Reggiani, est Simon Reggiani. Leur passion commune pour les chevaux nourrit
l'argument scénaristique : Simon doit répéter durant trois mois dans un
haras un texte de Dostoïevski pour le présenter durant le salon de
l'agriculture à des gens qui s'y connaissent davantage en chevaux qu'en
littérature. Faire passer la pilule auprès du spectateur en attente d'action
est aussi d'une certaine manière le but du film.
L'intelligence de Basse-Normandie
consiste à faire advenir la fiction à travers un faux documentaire (comme la
tv réalité tourne elle-même autour d'une fausse réalité puisqu'elle se
définit par les limites du studio d'enregistrement). En cela, le film utilise
avant tout l'histoire de son tournage, les accidents ou incidents, autant de
zones dénudées à travers lesquelles vient s'insérer la fiction. A l'instar
d'un film de Jacques Rivette, Basse-Normandie
n'en est que le résultat. Tourné en deux parties (Simon tout d'abord a
réellement préparé puis présenté son texte in situ, l'aspect fictionnel
ensuite), il ne livre que le contenu (l'ambiance) de son tournage.
Le film fait donc advenir le texte (annoncé
comme difficile) de l'auteur russe en le répétant au sens propre jusqu'à ce
qu'il produise du sens dans la fiction. Mais c'est davantage le rapport de
l'acteur au texte qui produit son effet. En d'autres termes, Simon Reggiani
présente principalement devant les spectateur (ceux du salon de l'agriculture
et nous-mêmes qui avons sur eux l'avantage d'assister aux répétitions) ses
difficultés à dire comme un individu présenterait celles que l'on a à
vivre dans le monde (voir tout le problème relationnel que les époux
rencontrent pour mener à bien leur projet).
Remarquable, le couple Mazuy-Reggiani l'est
dans ce projet qui, hélas, ne sera sans doute découvert que par une poignée
de spectateurs. La réalisatrice livre également le cheminement d'un acteur
vers son texte et son public, faisant éclater son véritable talent. Elle
apprivoise au fil des séquences le potentiel du support dv, faisant d'entrée
le choix délibéré d'un cadre carré, aujourd'hui totalement étranger au
cinéma. En regardant donc celui que dessine Basse-Normandie,
l'on porte en soi les yeux à travers l'écran de télé mais pour y
rencontrer ici une véritable fiction.
Comme ses Peau
de vache (1989) et Saint-Cyr
(2000) l'avaient déjà laissé entendre (à travers leur casting - le génial
Jacques Spiesser campait dans son premier film un rôle à sa vaste mesure -
ou leur scénario et conduite du récit), Patricia Mazuy prouve aujourd'hui
une bonne fois pour toute qu'elle est une de nos cinéastes les plus
compétentes. Quand ses images dv revêtent la toile cinématographique
blanche, cela crève indéniablement les yeux. Michel Marques
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