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AUDITION
Japon, 1999, de Takashi Miike, avec Ryo Ishibashi, Eihi Shiina, Jun Kunimura...
Pitch : Aoyama vite seul avec son fils de 16 ans, depuis la mort de sa femme il y a sept ans. Mais, à 42 ans, il aimerait se remarier. Sur les conseils d’un ami producteur, il organise une fausse audition pour une série télé bidon. Aucune des candidates ne le satisfait, jusqu’à la dernière, Asami Yamakasi, jeune fille grande, mince, diaphane, apparemment timide. Aoyama en tombe amoureux et la rappelle. Il découvre des secrets d’enfance douloureux, des zones d’ombres louches, comme tous ses proches qui ont disparu, mais n’est pas au bout de ses peines. Après une première nuit d’amour, il se réveille seul. Asami va revenir, mais dans un état complètement différent. Elle fait descendre Aoyama dans un véritable enfer qui va lui faire remettre en cause tout ce qu’il avait imaginé sur elle...

 

Seule contre tous

    Pour comprendre l'enjeu d'Audition, il faut se placer dans le contexte japonais. Ici, en France, bien que les barrières ne soient pas encore complètement brisées, les femmes sont respectées et occupent des places importantes dans la société. Fini le temps où elles arrêtaient leurs études à 20 ans, pour se marier et devenir femmes au foyer. Non, ceci n'a plus lieu d'être au 21ème siècle. Pourtant, il existe des pays d'irréductibles, à plusieurs niveaux, l'extrême étant les femmes afghanes, à l'époque (si proche) des Talibans. Mais au Japon, de nos jours, en sommes-nous si loin ? Il semble exister chez les Japonais un sentiment d'infériorité qu'ils doivent absolument combler par un asservissement de la femme, de peur d'être dépassés par elles. Dans la plupart des films de samurai Akira Kurosawa, la femme est une sorcière qui manipule les hommes, et qui finit souvent tuée par un homme. Dans Entre le Ciel et l'Enfer, elle est écrasée par son mari, qui prend toutes les décisions, etc. D'ailleurs, il existe au Japon une multitude de jeux pervers où la femme doit assouvir tous les fantasmes de l'homme, parfois par plusieurs dizaines en même temps.

    C'est ce qu'Audition dénonce maladroitement. La jeune fille que Shigeharu choisit est le stéréotype de la Japonaise idéale: docile, douce, qui a peu de choses à raconter, et surtout qui est beaucoup plus jeune que lui. En plus, le fait qu'elle ait eu un accident qui l'a empêchée de continuer la danse, la rend totalement soumise, puisqu'elle ne pourra s'épanouir dans sa passion, et donc, aller voir ailleurs.

    La façon dont il l'a choisie est également significative. Un choix d'une trentaine de filles, parmi une centaine de candidates. S'il avait voulu acheter une nouvelle voiture, il ne s'y serait pas pris autrement, en faisant une liste de ce qui existe, puis en "testant" celles qui semblent les plus intéressantes, bavant au passage sur les beaux châssis, mais finalement trop tape-à-l'œil... C'est dégradant et honteux, mais les deux instigateurs de ce casting ne semblent pas s'en préoccuper. Ou bien trouvent-ils cela normal ? Le bon père, encore accablé par la mort de sa femme 7 ans auparavant, se révèle être un petit vicieux, qui se fiche complètement de sa secrétaire, alors que celle-ci essaie de gagner sa sympathie. Pourtant, il l'est sans s'en rendre vraiment compte, un peu comme si tout ça était entré dans les mœurs japonaises.

    Mais cette fois, il est tombé sur une fille qui a compris cela, et ne veut pas être un objet de désir pour pervers frustrés. Le propos est bien naïf (ces hommes, tous les mêmes, en réponses à un trop courant "toutes les mêmes"...), mais trop souvent passé sous silence, au point qu'il est très agréable de voir qu'homme, Takashi Miike, le réalisateur d'Audition, veuille dénoncer cette façon de penser, d'un autre temps. Si seulement il l'avait mieux fait... Car le problème, majeur, de son film, c'est qu'il passe complètement à côté de son sujet, en essayant de jouer la carte du jeune cinéma japonais, dans la lignée de Ring, c'est-à-dire un cinéma fourre-tout, qui oublie le contenu au profit d'une mise en scène inutilement alambiquée.

    Ainsi, Miike trouve très malin de mettre le doute dans l'esprit de son personnage, et de faire osciller son film entre rêve (ou plutôt cauchemar) et réalité, dans des images bleutées, sans qu'on sache trop pourquoi. Et, pour être franc, on s'en fout, tant le film, passe à côté de son sujet, pourtant si intéressant au départ. Quand on veut dénoncer un problème de société, il ne faut pas abandonner en cours de route, sinon, en sortant de la salle, les spectateurs auront déjà oublié pourquoi il sont venus, et ce qu'ils ont vu... Mathieu Jaillet

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches