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AMEN
France, 2001, de Costa-Gavras, avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz, Ulrich Mühe, Michel Duchaussoy, Ion Caramitru, Marcel Iures...
Pitch : Berlin en plein règne nazi. Kurt Gerstein est un officier SS expert en hygiène, bon citoyen et bon protestant. Sa conscience en prend un coup lorsqu’il comprend qu’il est l’un des outils précieux des SS pour l’extermination des juifs dans les camps de la mort, « grâce » au gaz Zyclon. Commence alors une course souterraine qui mène Gerstein de Berlin à Rome, pour alerter l’opinion publique, le Vatican et les Alliés. Sur sa route, seul un jeune vicaire tente de l’aider et d’alerter le Pape en personne. Mais il est atrocement difficile de faire face aux intérêts des uns et des autres, même lorsque l’horreur est en marche. La bravoure de quelques hommes de « bonne volonté » ne suffit pas toujours à faire changer le cours des choses...

 

Les voix du crimes sont impénétrables !

    Amen n'est ni un film religieux ni un film de guerre, même si l'implication de ces deux thèmes, comme le montre d'ailleurs l'affiche, le laisse supposer. De la guerre, nous ne voyons aucun combat ou atrocité à l'encontre du peuple juif, exterminé systématiquement en hors-champ volontaire car il s'agit d'un phénomène culturel qui se passe d'images. De la religion, nous ne voyons que l'atmosphère feutrée et opulente d'un Vatican reconstitué soigneusement... L'opposition repose davantage sur ses représentants humains qui font valoir leurs convictions. Heureusement, Costa-Gavras évite les clichés d'un prêtre martyr et touché par la grâce ou encore d'un nazi cruel et abject... Chaque personnage montre au contraire une duplicité qui n'est pas sans intérêt : Gerstein, tout en luttant contre le génocide juif par de petits sabotages personnels n'en côtoie pas moins un supérieur nazi qui lui non plus ne croit pas une seconde aux vertus du Reich, malgré un remarquable zèle. Ironie finale du film, c'est d'ailleurs ce dernier personnage, cynique et désinvolte qui réussit sa  reconversion aux États-Unis tandis que Gerstein, accablé d'opprobre, se voit refuser le droit d'être disculpé.

    Le troisième membre de ce trio est là pour illustrer l'aspect religieux du film : il s'agit du prêtre Ricardo Fontana, interprété par un Mathieu Kassowitz aussi insipide que décevant. Il est le lien ténu qui va unir quelques instants Gerstein au Vatican. Tout l'intérêt du film réside dans l'acharnement de ces deux personnages à être entendus par le pape, entité inaccessible, protégée par un dédale de pièces somptueuses et intemporelles, qui resteront définitivement fermées aux souffrances des juifs arrêtés à quelques rues de là. Même les lieux ouverts du Vatican leur demeureront inaccessibles, car ces terrasses surplombant toute la ville ensoleillée n'auront pour autre fonction que de régaler les estomacs de quelques évêques peu scrupuleux...

    Ces quelques scènes, toutes pétries de beauté, lumière et sérénité, se voient régulièrement entrecoupées de plans de quelques trains remplis de victimes juives invisibles aux yeux du spectateur qui "sait", allant vers leur holocauste évident. L'enjeu est alors le suivant : comment doubler de vitesse ces convois si rapides par la voie administrative ? Fontana et Gerstein s'y emploient en vain, freinés par l'incompréhension ou la désinvolture générales. Cette course perdue d'avance - le spectateur le sait historiquement - n'a aucune intention de suspense mais donne en revanche énormément de rythme à un récit dont les scènes clefs reposent sur les confrontations dialoguées. Ainsi, l'une d'elles est attendue impatiemment pour son impact psychologique et symbolique à défaut d'efficacité narrative : celle qui oppose Fontana arborant l'étoile juive face à un pape brisé et impuissant. 

    Impuissance est bien le terme pour définir un tel film : impuissance consentie du clergé, des nations alliées et même des deux héros qui s'autodétruisent. Le spectateur, mal à l'aise, quitte le film en songeant que chacun avait de bonnes raisons pour justifier le crime ou plutôt le laisser faire... Corinne Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches