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ALL OR NOTHING
"Like a piece of shit" "Sur la terre où sonne l'heure, Il ne saurait être question ici de juger All or Nothing à l'aune des précédents films de Mike Leigh, voire de comparer le réalisateur, comme tant d'autres s'y empressent régulièrement, à Ken Loach. Nous ne voyons dans ce débat stérile aucun intérêt constructif, convaincus qu'il faut parfois savoir laisser sa Politique des auteurs au placard. Si All or Nothing est un titre finalement trompeur (on fait rarement ce que l'on veut mais plus fréquemment ce que l'on peut), il navigue longuement autour d'une philosophie alternative qui pourrait se résumer en deux phrases. La première : "si on savait ce qui va arriver, on ne se lèverait pas le matin." La seconde : "on ne sait ce qui peut arriver." Ces deux points de vue sont pourtant développés par le même protagoniste, Phil, chauffeur de taxi trop "soupe au lait" et "bonne poire" pour faire payer les clients à qui il s'identifie en un rien de temps. Pour Phil, rien ne bouge (même pas ses cheveux gras), si ce n'est le fait de ne parvenir à se lever le matin pour aller travailler, et ce n'est certainement pas sa philosophie qui ne mène nulle part, comme d'autres chemins, qui pourrait le faire avancer. L'intérêt du film de Mike Leigh est de parvenir à faire vibrer une intrigue pourtant basée sur l'immobilisme. Dès la première séquence de All or Nothing (sur laquelle défile le générique), un plan fixe sur le couloir d'une maison de soin pour personnes âgées traversé à pas de fourmi par une vieille dame, la couleur est annoncée : on ne peut quitter sa condition, on n'a d'autre choix que de se supporter (et de se traîner), il faut faire avec le fardeau qu'est la vie. Les histoires sont donc vécues et revécues comme si chacun portait génétiquement (ou plutôt socialement) sur les épaules l'anathème de Sisyphe. Éternellement effacée, Rachel calque silencieusement son destin et l'héritage paternel de sa surcharge pondérale sur celui de Phil, son père ; Donna s'apprête à devenir fille-mère comme le fut celle qui l'a mise au monde ; de déboires en boisson, le couple formé par Carol et Ron ne peut guère espérer mieux. Cependant, si le film commence dans un centre de soin pour s'achever à l'hôpital, la boucle n'est pas bouclée. En effet, entre temps le couple Phil (qui finit par se laver les cheveux)/Penny qui, poursuivi par la guigne financière, aurait dû exploser, resserre ses liens en redéfinissant le dialogue à partir de l'ironique accident cardiaque de leur fainéant et obèse de fils. Mike Leigh nous offre alors une émouvante séquence où En noircissant le portrait jusqu'au bout, Mike Leigh n'aurait guère apporté grand-chose au spectateur lassé. En une séquence bien menée, il redonne sens à ce qui finissait par ne plus en avoir, et apporte à ses protagonistes la dignité qui aurait pu définitivement leur échapper. On a beau être traité à longueur de journées like a p, comme le dit clairement Phil, on a parfois besoin d'un minimum de réconfort qui peut s'apparenter à une étincelle essentielle dans une sombre vie. Et si l'on se lève de son siège avec un léger sourire (peut-être naïf, mais on y a droit) à la fin de All or Nothing, c'est que l'on espère sans doute encore en un monde meilleur même si l'on se cache souvent derrière un pessimisme de circonstance. Nous avons beau tous jouer des rôles, nous ne faisons finalement nous-mêmes que ce que nous pouvons. Anne Ségolène
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