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A MA SŒUR
Le chemin qui ne mène nulle part Catherine Breillat nous a indéniablement habitués à mieux (36 fillettes, Sale comme un ange). Embrigadée depuis Romance, son précédent film, dans un étroit couloir où elle ne trouve comme direction, dans la vaste thématique du désir, que la référence au sexe, montré sous toutes les formes et rarement les meilleures ou les plus riches de sens, elle explore cette fois avec A ma sœur, à ses dépens, un continent dont on se serait aisément passé : la naïveté. A ma sœur transpire ainsi, de son scénario à sa mise en scène, le manichéisme. Les avis sur le film sont eux-mêmes diamétralement opposés : œuvre géniale pour les uns, vaine, voire de trop pour les autres. Le postulat du film met d'ailleurs en relief, dès les premières séquences, tout ce à quoi l'on ne pourra échapper, la sordide opposition entre la belle et la bête. Eléna est fraîche, sublime et ouverte aux visions qui l'attendent : les regards remplis de désirs des hommes. Sa sœur, Anaïs, est obèse, presque flétrie avant l'heure et ses yeux ne peuvent déjà plus espérer voir grand chose. Elle s'invente donc un monde bien à elle où elle fait les questions et les réponses et joue à tour de rôles tous les protagonistes des histoires qu'elle s'invente. Anaïs ne veux pas voir (on nous fait même indécemment comprendre qu'il vaut mieux qu'elle ne se voit pas) et devra donc détourner la tête et le corps lorsque, dans la même chambre que la sienne, sa sœur aînée connaît un premier rapport sexuel, froid et machiavélique (commandé par un Don Juan italien ; on ne nous épargne décidément rien). Catherine Breillat tombe, de plus, bien bas en utilisant ses actrices uniquement pour leur image. A partir de là, l'émotion ne peut plus advenir, étant devancée par l'écœurement d'une telle exploitation. Il n'y a plus rien à dire, pas plus à voir et la fin du film ne justifie en rien ses moyens. Certes, A ma sœur soulève des questions, mais la principale qui ne cesse de revenir résume bien l'atmosphère du film : mais pour quelle raison saugrenue Catherine Breillat a-t-elle écrit et réalisé une telle histoire ? Si d'aucuns trouvent, à raison, qu'il n'est pas indispensable de parler d'un film raté, il semble fondamental de dire qu'A ma sœur est un film mauvais, dans tous les sens du terme. Ceci devait être dit. Michel Marques
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