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36, QUAI DES ORFÈVRES
France, 2004, de Olivier Marchal, avec Gérard
Depardieu, Daniel Auteuil, André Dussollier, Mylène Demongeot, Daniel Duval,
Roschdy Zem...
Pitch : L'affrontement sur une période
de dix ans de Léo Vrinks et Denis Klein, deux grands flics hors pair, affectés
au 36 quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire. Le premier est
patron de la brigade de recherche et d'intervention, tandis que le second
dirige la brigade de répression du banditisme. Tout les oppose, leurs méthodes
mais aussi leur attirance commune pour la même femme. A Paris, depuis
plusieurs mois, un gang de braqueurs opère en toute impunité avec une rare
violence. Le directeur de la PJ, Robert Mancini, a été parfaitement clair
avec eux, ses deux lieutenants les plus directs : celui qui fera tomber ce
gang le remplacera à son poste de grand patron. La lutte est ouverte...
Flics ou voyous ? "L'administration est une vieille fille qui n'aime pas qu'on la prenne en levrette !"
Excellente surprise de cette fin d'année,
le 36, quai des orfèvres nous
permet d'enterrer définitivement le minable souvenir d'un Taxi,
vendu à la solde d'une génération sans référence. Véritable western
urbain, affublé d'une photographie et d'un éclairage ténébreux, le
deuxième long métrage de Olivier Marchal (après son Gangsters
qui attirait déjà l'attention) se présente comme une oeuvre classique qui
peut se targuer de vouloir régénérer le répertoire du polar et du film
noir français en lui insufflant de l'oxygène. Ce 36, quai des orfèvres
fera date dans le genre. Mais en quoi les codes explorés
par Olivier Marchal offrent-ils au spectateur attentif un esprit innovateur
tout en tenant compte d'un champ référentiel coulé dans l'acier ?
La force du film de Marchal est d'inventer
au fil des séquences un théâtre où les grandes scènes d'action (deux
principalement) tournées en extérieur discutent avec celles tournées en
intérieur dans un décor des plus stylisé : la cellule où est incarcéré
Léo se résume par exemple à une porte en barreaux et un mur. C'est la présence muette
et figée du corps de l'acteur (ici Auteuil impériale) qui offre à la scène toute son intensité ; Marchal
filme ses personnages comme le Caravage orchestrait la mise en scène de ses
tableaux, en ne craignant pas d'user d'aplats dans le fond de l'espace. Les
scènes de duos ne sont pas ici sculptées par la lumière mais par
l'ombre. Si le réalisateur étoffe ses personnages d'une carrure (Depardieu
plus inspiré que jamais), il les dote aussi de répliques suffisamment
ciselées pour qu'ils puissent se contenter de les chuchoter.
S'il se tourne vers le répertoire du
cinéma français des années soixante, enrichissant son film de seconds
rôles fondamentaux tel celui campé par Francis Renaud (déjà acteur dans Gangsters
mais aussi réalisateur d'un premier film en 2000 : Marie,
Nonna, la vierge et moi), Marchal n'en oublie pas moins de
composer des atmosphères et rythmes qui n'ont pas à rougir d'une comparaison
avec les univers de Michael Mann ou
John Carpenter. La présente oeuvre de Marchal a l'odeur de l'un et la couleur de l'autre.
Film où chaque flic s'exprime et est aussi
filmé comme un délinquant, ce 36, quai des orfèvres
ne trompe pas son monde et offre au spectateur d'approcher le véritable
visage du mal, l'administration, où le ver est toujours dans le fruit.
Travail d'une équipe qui a pu donner jour à l'œuvre voulue, le 36, quai des orfèvres
comble par sa cohérence, sa maîtrise et l'attachement qu'il provoque. Le
cinéma français a encore une histoire à écrire. Qu'elle ne se gêne
d'aucune manière. Michel Marques
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