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10E CHAMBRE, INSTANTS D'AUDIENCES
France, 2004, de Raymond Depardon, avec Michèle Bernard-Requin...
Pitch : De mai à juillet 2003, Raymond Depardon et son équipe ont obtenu l'autorisation exceptionnelle de filmer le déroulement des audiences de la 10e Chambre Correctionnelle de Paris. Dix ans après DÉLITS FLAGRANTS, le cinéaste poursuit sa démarche en proposant ce nouveau documentaire citoyen, témoignage inédit sur le fonctionnement de la machine judiciaire. De la simple convocation pour conduite en état d'ivresse aux déférés de la nuit, 10E CHAMBRE : INSTANTS D’AUDIENCES plonge dans le quotidien d'un tribunal : douze affaires, douze histoires d'hommes et de femmes qui se sont, un jour, retrouvés face à la justice...

 

Au théâtre ce soir !

    Dès son générique, 10EME Chambre, instants d'audiences interroge son propre spectateur sur la place qui lui est assignée. Sur un fond noir, le nom des différents membres du film défile ainsi que quelques précautions d'usage (nous sommes dans un documentaire, nous mettons les pieds dans les audiences de la 10e Chambre Correctionnelle, l'on travaille donc sur du vivant). Que nous dit, de son côté, l'espace sonore ? Atmosphère et murmures d'une salle où un groupe de spectateurs prend place avant le début des débats. S'agit-il du tribunal (la première image du film nous le confirmera) ou d'une salle de spectacle (celle où nous venons de prendre place) ? La confusion est évidente et en dit finalement long.

    Avec une très grande honnêteté et avec subtilité, Raymond Depardon nous pose déjà la question : que sommes-nous venu chercher, la vérité ou le spectacle ? La première demi heure du film ira dans la direction du second sens. Des situations sont exposées (conduites en états d'ivresse par rapport au seuil fixé par la loi), insulte à agent de la circulation ("salope" ; on imagine aisément la scène), ports d'armes prohibées... Dans un premier temps, Depardon met le spectateur à distance. Certes, ce dernier assiste aux débats mais est coupé de toute identification. Il finit même par sourire puis rire devant le déroulement, les commentaires de chacun. Si l'effet comique n'est aucunement recherché par le réalisateur, la mise en scène y mène d'elle-même. 10EME Chambre, instants d'audiences nous introduit devant une galerie de "personnages" dont le naturel nous amuse. Ce qui a été vécu et ce que nous aurions pu vivre nous mène de plain-pied dans la complicité. 

    Les angles de prises de vues choisis par Depardon sont divers. La juge est filmée en légère contre-plongée. La victime bénéficie d'un angle plat, frontal. Le prévenu est, quant à lui, aussi filmé en contre-plongé. Lorsque la victime témoigne à la barre, elle prend bien sûr la place de l'accusé. L'exercice de la mise à distance passe donc aussi par les angles choisis. Cette petite grammaire instaure les rapports des personnes présentes durant les confrontations. L'on est ici pour juger mais y-a-t-il finalement un pied d'égalité entre les différentes parties ? C'est le questionnement que le film va entreprendre dans sa deuxième partie en invitant le spectateur à constater davantage encore les contradictions. 

    La mise à distance opérée sur le spectateur va s'amenuiser au fil des affaires. Le tournant a lieu avec un cas de harcèlement (physique et moral) opéré par un homme sur son ancienne petite ami. L'humour disparaît totalement. L'on se confronte à des affaires bien plus sérieuses : règlement de compte, vol, drogue. Le dernier cas exposé (un sociologue contrôlé avec un opinel - un couteau - considéré comme dangereux) va confronter la justice à son propre fonctionnement. Le prévenu a refusé de se faire assister d'un avocat, prenant sa défense à son propre compte. Il remet de plus en cause les faits qui lui sont reprocher. Son couteau est un souvenir de famille. Il s'avoue davantage victime d'une injustice que coupable. Serait-il au-dessus des lois, nul n'étant censé les ignorer. La justice (et la juge) campe sur ses principes. Le spectateur s'identifie pourtant, lui, cette fois, à l'accusé. 

    Les différents cas exposés et jugements rendus discutent entre eux et inter-réagissent. C'est la notion de limite de la justice qui s'en trouve éclairée. Raymond Depardon fait passer le spectateur dans une nouvelle catégorie. Il intensifie son questionnement en ne livrant pas, au final, le dernier jugement rendu (l'affaire de l'opinel). Les débats restent ouverts et les réponses du côté du spectateur. Le film s'achève en mettant l'Institution au centre des débats. Poursuivant son approche du complexe fonctionnement de la justice, Depardon met tout d'abord en avant dans 10EME Chambre, instants d'audiences les contradictions des prévenus qui savent que ça ne se fait pas mais même s'ils l'ont tout de même fait et ne recommenceront plus, pour ensuite aboutir sur les contradictions de l'Institution qui, ne supportant pas qu'on la remette en cause semble s'apprêter à broyer une auto-défense. S'agit-il parfois juste d'une mesure ou d'une mesure juste ? Depardon est un très grand cinéaste. L'on est très loin de l'opportunisme d'un Michael Moore. Depardon sait, lui, honnêtement mettre en scène. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches